Verset 3. L'instruction pour le départ. L'idée est celle-ci : « Ne faites pas de préparatifs comme on en fait pour un voyage. Allez tout simplement tels que vous voilà ! Il sera pourvu à tout. » Cette direction, les apôtres pouvaient la puiser journellement dans l'exemple de Jésus lui-même. La réponse des apôtres 22.35 prouve que cette promesse n'a pas été trompeuse. - La négation générale μηδέν, rien, est détaillée dans les μήτε, ni… ni, suivants. - Luc dit : ni bâton (ῥαβδον, le bâton de chacun). La leçon reçue ῥάβδους, bâtons, peut être tirée de Matthieu (leçon byz.) ; ce sont les bâtons de tous. Une différence plus grave existe entre Matthieu et Luc, d'une part, et Marc, de l'autre ; car celui-ci dit : « Si ce n'est un bâton seulement. » La contradiction dans les termes est flagrante ; mais la pensée exprimée sous ces deux formes est pourtant la même. D'après Marc, Jésus veut dire : « Partez sans le moindre préparatif, n'emportant que le bâton que vous avez en main. » D'après Matthieu et Luc : « Ne faites aucune acquisition de voyage (μὴ κτήσησθε, Matthieu), pas même celle d'un bâton. » Ainsi dans les deux cas le sens est : Partez tels que vous êtes là (sans même vous procurer un bâton de voyage, Matthieu et Luc ; avec le bâton que vous avez en main, Marc). Il n'y a donc pas besoin de l'ingénieuse explication proposée par Ebrard, d'après laquelle Jésus aurait dit : Ki im matthé ; « car si un bâton…, » forme elliptique très usitée en hébreu, qui peut se compléter, soit par : c'est suffisant (Marc), soit par : c'est déjà trop (Matthieu et Luc). - En tout cas il est difficile de comprendre comment l'on pourrait déduire l'une de ces formes de l'autre ou les faire provenir d'une source grecque commune. - Deux tuniques, c'est-à-dire : en en prenant une de rechange, comme on le fait en vue d'un voyage. Comme ils ne devaient pas prendre un sac de voyage, ils auraient dû porter cette seconde tunique sur leur propre corps ; c'est ce qui explique la forme étrange de Marc : Et ne revêtez pas deux tuniques. - L'infinitif ἕχειν peut dépendre de εἶπε, ou être pris ici, comme cela arrive souvent, dans le sens d'impératif. L'intention de Jésus est que cette mission ait le caractère le plus simple et le plus naturel possible.
Dans Matthieu le discours d'instruction commence par la recommandation « de ne pas se rendre chez les païens ni dans une ville des Samaritains, » mais de s'adresser plutôt « aux brebis perdues de la maison d'Israël. » Baur et son école voient dans l'omission de ces paroles, chez Luc, un retranchement intentionnel, au service de sa tendance paulinienne. Mais, à supposer que l'on pût prouver que Luc a connu ces paroles et qu'elles ne fussent pas déjà omises dans sa source particulière, rien n'empêcherait de penser qu'il les a retranchées parce que cette recommandation, due à un motif purement temporaire, n'avait plus aucune application dans le moment et dans le milieu où il écrivait. Jésus imposait ici aux apôtres une limite qu'il a en général observée lui-même pendant son ministère terrestre et qui tenait à son caractère de serviteur de la circoncision que fait ressortir Paul lui-même (Rom.15.8). Mais tôt après la résurrection, il leva cette barrière (qu'il n'avait du reste pas imposée d'une manière absolue ; comp. le μᾶλλον, plutôt, Matth.10.6) et donna l'ordre de prêcher à toutes les nations (Matth.28.19). La meilleure preuve à alléguer en faveur de cette manière de voir, c'est que Marc, qui écrivait à peu près dans les mêmes conditions que Luc, a, comme lui, omis ces paroles, quoiqu'il y ait en général une relation beaucoup plus étroite entre les deux premiers évangiles qu'entre Matthieu et le troisième.
Verset 4 : Instruction pour la mission, en cas d'accueil. Qu'ils s'établissent dans la maison où ils auront dès l'abord trouvé accès (εἰς ἢν ἄν), ce qui n'exclut, pas certaines informations préalables (Matth. v. 11). Puis, une fois reçus dans cette maison, qu'ils y restent, cherchant à en faire le foyer de l'œuvre divine dans cet endroit. Echanger une demeure contre une autre, ce serait se donner l'air de chercher plus de confort et d'agréments et jeter dans la société naissante le germe de fâcheuses rivalités. Par conséquent, ce sera de cette maison aussi qu'ils devront partir quand ils quitteront l'endroit. Voir le ἐκεῖθεν, de là, chez Marc, qui a le même sens. La leçon de la Vulg. : « Ne sortez pas, » est une correction provenant de ce qu'on a rapporté cette défense, non au moment du départ, mais à la conduite de l'apôtre durant le séjour. Mais dans ce sens ces mots ne feraient que répéter ce qui précède. - Au sein des églises primitives, l'œuvre chrétienne se concentra également dans certaines maisons qui en demeurèrent le foyer (comp. dans les épîtres de Paul l'expression : « L'église qui est dans sa maison »).
Verset 5 : Instruction pour la mission, en cas de rejet. L'Evangile ne s'impose pas ; force élastique, il pénètre là où il trouve accès, et il se retire là où il est repoussé. Ainsi a agi Jésus lui-même, dans le cours de son ministère (8.37 ; Jean.3.22). - En rentrant des pays païens en Terre-Sainte, les Juifs avaient coutume de secouer la poussière de leurs pieds à la frontière. C'était le symbole de la rupture de toute solidarité avec la vie du monde idolâtre. Les apôtres doivent en agir ainsi envers leurs propres compatriotes dans les villes qui repousseront l'annonce de la venue du royaume de Dieu. Καί : même la poussière, ce qu'il y a de moindre. Par cet acte, ils doivent déclarer qu'ils n'ont rien de commun avec le sort qui attend ces gens-là. Le καί, même, est omis par les alex., mais admis par Tischendorf. Il a facilement pu être omis, d'autant plus qu'il ne se trouve pas chez les deux autres synoptiques. Selon Weiss, il aurait été introduit d'après 10.11. - Le terme de témoignage, avec le régime à l'accusatif. ἐπ’ αὐτούς, sur eux, renferme l'idée d'une menace en vue de l'heure du jugement. Reuss : « C'est une plainte déposée aux pieds du Juge. » Le régime αὐτοῖς, pour eux, de Marc (voir la leçon de ℵ) ferait de cet acte un appel actuel à la conscience des coupables.
3o Verset 6 : Le résultat :