Les mots : les ayant tous mis dehors et, dans le T. R., sont une glose tirée de Marc et Matthieu. Les copistes avaient appliqué à tort le mot entrer (εἰσελθεῖν), Luc v. 51, à l'entrée de Jésus dans la maison. On a donc cru devoir suppléer ici ce qui paraissait omis par Luc, le récit de ce qui s'était passé à l'entrée de la chambre mortuaire ; probablement on le fit en marge d'abord ; puis l'annotation fut importée dans le texte. - L'ordre de donner à manger à l'enfant (v. 55) est rapporté par Luc seul. Il fait ressortir le calme parfait du Seigneur en face de l'œuvre la plus prodigieuse. Aussi simplement qu'un médecin qui vient de tâter le pouls à son malade, il règle son régime pour la journée. - Marc, qui aime la couleur locale, a conservé la forme araméenne de la parole de Jésus, ainsi que ce détail pittoresque : aussitôt l'enfant se mit à marcher. On reconnaît le récit d'un témoin à l'oreille duquel retentit encore la voix de Jésus et qui voit l'enfant revenu à la vie aller et marcher. Matthieu omet tout détail. Le fait en lui-même importe seul à la démonstration messianique qu'il a en vue. Chacun suit ainsi son propre chemin, tout en reproduisant le fond commun, tel que la tradition l'avait conservé. - Sur la défense de Jésus, v. 50, voir 5.14 et 8.39.
Selon Volkmar, la femme malade serait la personnification de la Judée croyante que les rabbins (les médecins du v. 43) n'avaient pu guérir moralement, mais que Jésus sauvera, après avoir guéri les païens (le démoniaque de Gadara). La fille de Jaïrus figure le judaïsme de la Synagogue complètement mort, que l'Evangile seul peut ressusciter. Keim reconnaît l'impuissance du symbolisme à expliquer de tels récits. Il voit dans la guérison de la femme un fait réel, mais un fait qui est uniquement l'œuvre de sa foi. Quant à la résurrection de la fille de Jaïrus, il y voit, soit un mythe moulé sur le récit de la résurrection du fils de la veuve de Sunem par Elisée (retour à Strauss), soit un réveil naturel à la suite d'une léthargie (rechute dans Paulus). Mais la couleur locale n'est-elle pas tout aussi prononcée dans ce récit que dans celui du possédé de Gadara, dont Keim maintient la vérité historique par cette raison ? Et quant à un réveil léthargique, qu'y a-t-il à répondre à Zeller (voir p. 471, note) ? Jésus n'avait pas tâté le pouls de la petite fille avant de prononcer ce mot : « Elle n'est pas morte. » C'est donc à choisir, ici encore, entre un miracle de puissance et un miracle de connaissance.
IV.
De l'envoi des Douze au départ de Galilée (9.1-50)
Cette section retrace la dernière période du ministère galiléen. Elle comprend sept récits :
- La mission des Douze et l'impression produite sur Hérode par l'activité publique de Jésus (v. 1 à 9).
- La multiplication des pains (v. 10 à 17).
- La première communication de Jésus à ses apôtres au sujet de ses prochaines souffrances (v. 18 à 27).
- La transfiguration (v. 28 à 36).
- La guérison de l'enfant lunatique (v. 37 à 43a).
- La seconde annonce de la Passion (v. 43b à 45).
- Le dernier entretien avant le départ de Galilée (v. 46 à 50).
1. La mission des Douze et les craintes d'Hérode. (9.1-9)
Jésus est arrivé au faîte de son travail personnel en Galilée ; mais il n'a pu l'accomplir que dans des limites assez restreintes. Il désire adresser un appel plus général et plus énergique encore à cette population qu'il doit bientôt quitter. Et pour cela, il se multiplie en quelque sorte par la mission qu'il confie aux Douze. Cette mission signale en même temps un progrès dans le développement des apôtres. Ces croyants dont Jésus avait fait des disciples, ces disciples dont il avait, fait des apôtres, il les emploie maintenant comme tels. Leur nom de missionnaires commence dès aujourd'hui à devenir une réalité. Ils font pour ainsi dire sous les yeux de Jésus lui-même l'apprentissage de leur apostolat futur. Marc (Marc.6.7 et suiv.) rattache, comme Luc, ce récit au cycle précédent, mais en plaçant en entre deux la visite à Nazareth (Marc.6.1-6) qui, comme dernier appel adressé à cette localité qui lui est chère, convient bien à cette situation. Matthieu (ch. 10) mentionne aussi cette mission des Douze, en y rattachant l'indication du catalogue apostolique et une longue instruction sur l'apostolat. Comme il paraît placer ce fait beaucoup plus tôt que Luc, Keim (II, p. 308) pense que Luc l'a déplacé pour le rapprocher de la mission des LXX disciples qu'il raconte au ch. 10, et cela afin d'éclipser plus sûrement la première mission par cette seconde ! En imputant à Luc ce machiavélisme, le critique oublie seulement que selon lui tout le récit, de l'acte d'élection des Douze chez Luc (ch. 6) était une invention destinée à donner une solennelle consécration à leur ministère ! - Le fait est tout simplement que Matthieu, ayant placé le cycle précédent (tempête, démoniaque, Jaïrus) beaucoup plus tôt que Luc, et le récit actuel se liant, chez les trois évangélistes, à ce cycle-là, il résulte de là que cette mission des Douze se trouve aussi placée plus tôt chez Matthieu.
1o Versets 1 et 2. L'envoi :