Marc dit : « de ne pas les renvoyer hors de la contrée ; » ce qui peut signifier : au désert, où les esprits impurs non captifs étaient censés habiter, ou : dans l'abîme, d'où ils étaient sortis pour habiter momentanément sur la terre. La suite montrera qu'il faut préférer le second sens. - Jésus ne répond pas à cette prière. L'on envisage ordinairement ce silence comme une réponse affirmative. Mais le silence de Jésus signifie tout simplement qu'il persiste dans l'ordre qu'il vient de donner. Quand il veut répondre affirmativement, comme à la fin du v. 32, il le fait nettement. Cette explication est confirmée par Matthieu : « Si tu nous chasses… » Leur demande d'entrer dans les pourceaux ne se rapporte donc qu'à la voie par laquelle ils pourront rentrer dans l'abîme. Comment expliquer et cette prière et la permission de Jésus ? Quant à ces esprits malfaisants, on comprend qu'il leur soit doux, avant de perdre toute faculté d'agir, de trouver encore le moyen de nuire et peut-être de compromettre l'œuvre de Jésus dans cette contrée. De son côté, Jésus vise à un double résultat. Les exorcistes juifs, pour donner aux malades la certitude de leur guérison, plaçaient ordinairement, dans l'appartement où avait lieu l'expulsion, une cruche d'eau ou quelqu'autre objet que le démon avait soin de renverser en sortant. Ce qu'ils faisaient en charlatans, Jésus trouve bon de le faire en médecin. L'identification du malade avec son démon avait été un fait de conscience très prolongé (v. 27 et 29). Il fallait un signe décisif dans lequel éclatât la réalité du départ de la puissance malfaisante, pour amener le possédé à la pleine certitude de sa délivrance. A cette raison s'en ajoutait probablement une autre. Le sens théocratique de Jésus avait été froissé par la vue de ces immenses troupeaux d'animaux que la loi déclarait impurs. Une telle industrie montrait combien était effacée dans cette contrée la ligne de démarcation entre le judaïsme et le paganisme. Jésus voulait, par un jugement sensible, ramener à elle-même cette population de plus en plus déjudaïsée
L'influence exercée par les démons sur les pourceaux n'est nullement une possession. Un être moral peut seul être moralement possédé. Mais on sait que plusieurs espèces d'animaux sont accessibles à des influences collectives, qu'en particulier les pourceaux sont souvent atteints de terreurs paniques. L'idée qui a été émise et que Weiss partage encore que ce fut le démoniaque lui-même qui, en se jetant dans le troupeau, l'épouvanta, est incompatible avec le texte. - Marc, dont le récit se distingue toujours par l'exactitude des détails, rapporte que le nombre des pourceaux était de deux mille. Un trait de son invention, dit de Wette ; un appendice de la tradition postérieure, selon Bleek : voilà en effet la conséquence nécessaire des systèmes critiques d'après lesquels Marc aurait travaillé sur le texte des deux autres ou sur un document commun. - Ce chiffre ne peut servir à prouver la possession individuelle des pourceaux par les démons. Une légion (v. 30) comprenait 4000 hommes. - Mac-Gregor décrit ainsi la localité : « Le bord est ici abrupt, de sorte que lorsque je longeais le rivage avec mon bateau, même en me tenant debout, je ne pouvais voir par dessus. Et en même temps l'eau est si profonde que quand j'enfonçais verticalement ma rame dans l'eau, quoiqu'elle fût longue de sept pieds, elle disparaissait tout entière, et cela à quelques pieds du bord seulement. » Ainsi se rencontrent tout près des ruines de Khersa toutes les conditions nécessaires pour expliquer la chute et l'immersion d'un troupeau aussi considérable. Le même voyageur ajoute : « Sur le bord occidental du lac je n'ai pas vu un seul endroit où le fait raconté ne fût frappé d'une complète invraisemblance. »
On a demandé si Jésus avait le droit de disposer ainsi d'une propriété étrangère ? C'est comme si l'on demandait si Pierre avait le droit de disposer de la vie d'Ananias et de Saphira. Il est des cas où le pouvoir d'exécution garantit le droit du juge.
Versets 34 à 39 : L'effet produit.