Cette conclusion est un avertissement donné aux disciples. Bleek n'aperçoit aucune liaison entre ces paroles et ce qui précède. Mais le flambeau que quelqu'un allume peut-il représenter ici autre chose que la vérité sur le royaume divin, que Jésus fait briller dans le cœur de ses auditeurs par la parabole et l'explication qu'il en a donnée ? Cette lumière, il ne l'allume pas en eux pour qu'ils la gardent pour eux, mais pour qu'ils la répandent dans le monde ; comp. Marc.4.21-25. Le λύχνος désigne la soucoupe remplie d'huile et pourvue d'une mèche, qui est le moyen d'éclairage ordinaire en Orient. On peut placer ce lumignon sous un ustensile, tel que le boisseau qui sert à la fois de mesure, de table et de plat chez les pauvres, ou sous le divan (κλίνη), banc garni de coussins, élevé de 1 à 3 pieds, sur lequel on s'établit pour la conversation ou pour le repas. Les lits proprement dits ne sont pas en usage en Orient ; on couche généralement par terre, sur des couvertures et des tapis[1]. - Λυχνία, le chandelier, désigne le support élevé sur lequel on place le lumignon, pour qu'il éclaire toute la chambre. Par cette image Jésus représente l'office de prédicateurs confié aux apôtres. En effet, v. 17, l'enseignement de Jésus n'est pas fait pour rester caché et ignoré ; comp. 12.3 : Ce que Jésus dit maintenant entre les parois d'une chambre devra être un jour publié du haut des toits. Et par qui, si ce n'est par ses disciples ? Le sentiment de Jésus s'exalte à cette, pensée et sa parole prend le rythme du parallélisme poétique. La première proposition conserve encore le caractère de l'image ; suit dans la seconde l'expression propre. - Le futur γνωσθήσεται (sera connu) place expressément l'acte de la publication dans l'avenir, tandis que l'aoriste γνωσθῇ des alex. indique la réalisation de la loi ici formulée sans rapport au temps (rien qui ne doive être connu, une fois ou l'autre).
Verset 18. De la résulte la gravité de la mission des disciples et le soin avec lequel ils doivent s'y préparer pendant qu'ils sont à l'école de Jésus. Pour bien reproduire un enseignement comme celui de Jésus, il faut l'avoir bien écouté, c'est-à-dire se l'être approprié, non seulement par l'intelligence, mais par le cœur et la conscience. C'est à cette vraie manière d'écouter que se rapporte le πῶς, comment, chez Luc. Marc dit τί ἀκούετε, « ce que vous entendez. » Il me paraît que la forme de Luc est préférable. Il s'agit plutôt du mode de l'audition que de son objet. - Cette assimilation de la Parole par l'homme tout entier, moral autant qu'intellectuel, est ce qui le rend capable de recevoir toujours davantage et de posséder toujours mieux ; on n'acquiert qu'au moyen de ce que l'on a déjà. Là où cette assimilation intime n'a pas lieu, non seulement on ne progresse pas, mais on perd toujours plus ce que l'on avait. Jésus fait ici allusion à cette expérience de la vie ordinaire : « Le riche s'enrichit ; le pauvre s'appauvrit. » - Marc dit : « Ce qu'il a ; » Luc : « Ce qu'il croit avoir. » Cela revient, au même. De ce que l'on a, sans se l'être approprié, il est également vrai de dire qu'on l'a et qu'on croit, l'avoir. Luc.19.26 présente la forme de Marc. Jésus a répété plusieurs fois (Matth.13.12 ; 25.29) cette maxime dans laquelle est formulée l'une des lois les plus profondes de la vie humaine.
Marc continue en rapportant la parabole de l'épi, qu'il raconte seul. Dans Matthieu, six paraboles sur le règne de Dieu se rattachent à celle du semeur. Elles forment un admirable ensemble : la fondation du royaume, dans la parabole du semeur ; le mode anormal du développement de ce royaume, dans celle de l'ivraie ; sa puissance, présentée sous ses deux aspects (extension et transformation), dans celles du grain de sénevé et du levain ; son prix incomparable, dans celles du trésor et de la perle ; enfin sa consommation, dans celle du filet. Ce plan systématique appartient-il à Jésus ? Je ne le pense pas. Il était trop bon pédagogue pour raconter ainsi sept paraboles tout d'une haleine[2]. D'un autre côté, n'aurait-il raconté, en cette occasion, que la parabole du semeur ? Certainement pas, car Matthieu dit de ce moment-là (Matt.13.3) : « Et il leur dit beaucoup de choses en paraboles, » et Marc.4.2) : « Il leur enseignait beaucoup de choses en paraboles. » Jésus aura donc raconté en ce jour-là, outre la parabole du semeur, celle de l'ivraie (Matthieu) et celle de l'épi (Marc), dont les images sont empruntées au même domaine, et qui suivent immédiatement la première, l'une dans un évangile, l'autre dans l'autre. Quant aux autres paraboles, Matthieu les a réunies ici aux précédentes, selon son procédé constant de grouper les paroles du Seigneur autour d'un sujet donné. Des arrangements aussi différents ne paraissent pas compatibles avec la dépendance où seraient ces écrits d'un même document.
8. Visite de la mère et des frères de Jésus. (8.19-21)
Notes
[1] F. Bovet. Voyage en Terre-Sainte, p. 348 et 349.
[2] Je maintiens cette assertion malgré la contradiction de Gess.