L'expression : Voici la parabole (v. 11), signifie que l'essence du tableau n'est pas le tableau, mais l'idée. - Le point de comparaison entre la Parole et la semence est la puissance de vie renfermée sous une enveloppe sans apparence. - En disant : la parole, Jésus parle sans doute avant tout de son enseignement, mais en y comprenant toute prédication qui le reproduira fidèlement. - Jésus discernait dans la foule quatre espèces de figures : des visages inintelligents et distraits, des physionomies enthousiastes et ravies, des figures à l'expression grave, mais préoccupée, enfin des regards d'une joyeuse sérénité, qui annonçaient un plein abandon à la vérité enseignée. - Dans l'explication qui suit, la Parole est le plus souvent identifiée avec la vie nouvelle qui en doit sortir, et celle-ci avec les individus eux-mêmes en qui s'accomplit ce phénomène ; ainsi s'expliquent les expressions étranges : ceux qui sont (ensemencés) le long du chemin (v. 12 ; comp. 13, 14, 15) ; ils ne poussent pas de racine (v. 13) ; ils sont étouffés (v. 14). - La première classe renferme ceux qui sont atteints d'une insensibilité religieuse complète : nul travail de conscience ; nulle douleur sur le péché ; nul effroi de la condamnation ; nul besoin de salut ; par conséquent nulle affinité avec l'Evangile de Christ. La Parole, ne se rattachant à rien dans leur cœur, succombe naturellement aux agents de destruction extérieurs. Un seul est relevé dans l'explication qui suivra : le diable (Luc), Satan (Marc), le malin (Matthieu), qui se sert de divers moyens de distraction pour faire oublier à chacun d'eux ce qu'il a entendu. Si Jésus ne croyait pas à l'existence de Satan, il ne le poserait pas comme une réalité correspondante à l'image de la parabole. - Οἱ ἀκούοντες : qui entendent, doit être expliqué ainsi : « qui entendent, et rien de plus. » Cela renferme le : ne pas comprendre, de Matthieu.
Les seconds sont des cœurs légers, mais inflammables, chez qui l'imagination et la sensibilité suppléent un instant à l'absence de sens moral. Les nouveautés de l'Evangile, l'opposition qu'il affiche aux idées reçues, les charment ; mais c'est un moyen nouveau de jouissance qu'ils cherchent et non la force d'accomplir le sacrifice d'eux-mêmes. De tels hommes forment, presque dans chaque réveil, une portion considérable des nouveaux convertis. Mais la Parole se heurte bientôt chez eux à un obstacle intérieur : le cœur de pierre, que l'humiliation de la repentance et le désir sérieux de la sainteté n'ont pas brisé. Elle se trouve donc à la merci des circonstances défavorables qui surviennent, la tentation (Luc), la tribulation et la persécution (Matthieu et Marc). L'inimitié des chefs, la fureur des pharisiens, la honte de l'excommunication, la nécessité de souffrir, en un mot, pour rester fidèle, tout cela refroidit bientôt ceux qui n'ont cherché dans l'Evangile qu'un moyen de jouissance spirituelle, et ils succombent. - Il faut sous-entendre, v. 13, le verbe εἰσίν et faire de οἳ ὅταν l'attribut : sont ceux qui, lorsque… Le οἵ à la fin du verset est un développement de οὗτοι, et signifie : lesquels, comme tels.
Les troisièmes sont des cœurs sérieux, mais partagés ; ils cherchent le salut et reconnaissent le prix de l'Evangile ; mais ils veulent aussi jouir du bien-être terrestre et se procurer une vie commode. Ils ne sont pas décidés à mettre le règne de Dieu au-dessus de tout. Ces personnes se trouvent souvent aujourd'hui parmi ceux qu'on envisage comme les vrais chrétiens du troupeau. Le cœur terrestre persiste à côté de l'intérêt religieux et empêche jusqu'à la fin une conversion complète. - L'avortement de la semence provient ici d'une cause interne, qui est à la fois triple et une : les soucis (chez ceux qui sont dans l'indigence), la richesse (pour ceux qui sont en train de faire fortune), et les jouissances de la vie (pour ceux qui sont déjà riches). Ces gens ont, comme Ananias et Saphira, surmonté la crainte de la persécution, mais ils succombent, comme eux, à l'obstacle intérieur d'un cœur partagé. - Πορευόμενοι, littéralement : s'en allant, dépeint le train de la vie active : on va, on vient, faisant ses affaires (2Sam.3.1). C'est surtout dans ce verset que la semence est identifiée avec la vie nouvelle dans le croyant. La forme diffère trop complètement dans les trois synoptiques pour qu'une source écrite commune soit vraisemblable. Chez les quatrièmes, les besoins spirituels dominent absolument. La conscience morale ne dort pas comme chez les premiers ; c'est elle, et non, comme chez les seconds, l'imagination ou la sensibilité, qui règle la volonté ; elle règne enfin sur les préoccupations terrestres qui l'emportent chez les troisièmes. Ce sont les âmes que décrit Paul Romains ch. 7. Ἐν καρδίᾳ et τὸν λόγον dépendent des deux verbes réunis ἀκούσαντες κατέχουσιν, qui ne désignent qu'une seule et même chose ; entendre et saisir de manière à retenir, pour de telles personnes, c'est un même acte. Le terme de persévérance rappelle les nombreux obstacles qu'a eu à surmonter la semence pour arriver à son développement complet ; comp. le καθ’ ὑπομονὴν ἔργου ἀγαθοῦ (Rom.2.7). Jésus pensait certainement ici à ses disciples et aux femmes dévouées qui l'accompagnaient (v. 1-3). Luc ne mentionne pas plus dans l'explication que dans la parabole les différents degrés de fécondité indiqués par Matthieu et Marc ; et ces derniers les indiquent, comme dans la parabole, dans un ordre opposé.
Nous ne croyons pas qu'un seul verset, dans cette explication de la parabole, soit compatible avec la supposition que les évangélistes ont usé d'un texte commun ou que l'un a copié l'autre. - Weiss pense que Jésus n'a eu en vue que l'idée centrale de la parabole : le contraste entre la manière brusque et magique en laquelle les Juifs se représentaient l'établissement du règne de Dieu par le Messie et la voie lente, purement morale, laborieuse, par conséquent progressive, en laquelle doit s'opérer cette fondation par l'action intérieure de la parole évangélique. Il faut selon ce savant s'en tenir uniquement à cette pensée générale. Tout ce qui se rapporte à la distinction des différentes classes de terrains provient de Marc qu'ont suivi les autres évangélistes. Weiss allègue contre l'exactitude du tableau de Marc ce qui est dit des différents degrés de fécondité même dans la bonne terre. Car, dit-il, ce trait ne pourrait convenir qu'à un cas particulier, tandis que toute la parabole renferme une description absolument générale. Mais pourquoi ne pourrait-il pas y avoir des degrés de fécondité différents même dans un bon terrain, dont les différentes parties sont plus ou moins bien situées ? Il me paraît impossible que l'imagination des évangélistes se soit ainsi donné libre carrière en amplifiant volontairement l'enseignement de Jésus, soit les tableaux paraboliques, soit leurs applications. Sans doute les disciples devaient comprendre avant tout par la parabole du semeur que le règne du Messie s'établirait tout autrement qu'ils ne l'avaient pensé jusqu'alors. Mais ne résultait-il pas de là que sa réalisation dans les cœurs dépendrait des dispositions morales et de la liberté de chacun, que chaque auditeur devait par conséquent veiller sur les causes extérieures ou intérieures qui pouvaient paralyser l'effet de la prédication, et enfin que les apôtres ne devaient pas se décourager si dans le plus grand nombre des cas le succès ne répondait pas à leur travail ?
Versets 16-18. Conclusion pratique :