L'amour humain cherche un objet qui lui soit homogène et duquel il puisse au besoin obtenir un retour. Il a toujours quelque chose d'intéressé. L'amour nouveau que Jésus inaugure sera complètement gratuit, désintéressé. C'est pourquoi il pourra embrasser même l'objet le plus opposé à sa nature. Χάρις : la faveur que l'on s'attire de la part de Dieu ; dans Matthieu : τίνα μισθόν, quel sujet de récompense ? Ἀπολαμβάνειν τὰ ἴσα peut signifier soit retirer le capital prêté, soit recevoir un jour le même service. La préposition ἀπό pourrait parler en faveur du premier sens. Mais les alex. lisent le simple λαβεῖν ; et l'égoïsme caché dans cette conduite ressort certainement mieux dans le second sens : ne prêter qu'à ceux dont on espère qu'ils vous prêteront à leur tour. C'est un habile calcul ; c'est l'égoïsme s'accordant instinctivement avec la loi du talion, l'utilitarisme se présentant pour recueillir les fruits de l'ordre moral. Quelle fine ironie dans ce tableau ! Quelle critique de la bonté naturelle ! Le principe nouveau d'une charité entièrement gratuite se détache dans toute sa beauté sur ce fond obscur de la bienfaisance ordinaire. Cette forme paradoxale que Jésus donne à ses préceptes, ne permettra jamais à une morale relâchée de tenter de les affaiblir. - Πλήν (v. 35) : « Ce faux amour écarté, il ne reste pour vous, mes disciples, que ceci. » - Ἀπελπίζειν signifie proprement : désespérer. Meyer prétend appliquer ici ce sens : « ne désespérant point de la rémunération dans l'économie à venir. » Mais comment concilier avec ce sens l'objet μηδέν, rien, et l'antithèse du v. 34 ? Le sens que donne la traduction syriaque, lisant avec le Sinaït. μηδένα, personne : « ne désespérant personne par un refus, » est grammaticalement inadmissible. Il ne reste qu'à donner au ἀπό de ἀπελπίζειν le sens qu'avait déjà cette préposition dans ἀπολαβεῖν : « n'espérant rien en retour de la part de celui qui vous demande. »
4o v. 35b et 36. Le modèle et la source de la charité que Jésus vient de dépeindre :