Cet exemple, tiré de 1Sam.22, est choisi avec un parfait à-propos. Jésus n'aurait pas eu de peine à montrer, sans doute, que l'acte des disciples, quoique contraire au code pharisaïque, s'accordait avec le commandement mosaïque bien compris. Mais, placée sur ce terrain, la discussion eût dégénéré en casuistique et aurait pu tomber sous la compétence du Sanhédrin. Jésus a la sagesse de la transporter dans un domaine où il est entièrement maître de la position, le terrain biblique. La conduite de David repose sur ce principe que, dans les cas exceptionnels où une obligation morale se trouve en conflit avec une loi cérémonielle, c'est la seconde qui doit céder. Pourquoi ? Parce que le rite est un moyen, et le devoir moral le but ; or en cas de conflit le but prime le moyen. L'absurdité du pharisaïsme consistait précisément à sacrifier le but au moyen. Le grand-prêtre devait conserver la vie de David, le représentant normal de la théocratie, et celle de ses compagnons, même aux dépens d'un commandement rituel ; car le rite est là pour la théocratie, et non la théocratie pour le rite. Ailleurs Jésus ira jusqu'au bout ; il montrera à ses adversaires - et c'est ce qu'il y aura de plus poignant - que quand il s'agit de leur avantage propre (pour sauver une pièce de bétail, par ex.), ils savent parfaitement agir eux-mêmes dans ce sens et sacrifier le rite à un intérêt qui leur paraît supérieur (13.11 et suiv.).
Nous entendons avec de Wette οὐδέ dans le sens de pas même : « Vous ne connaissez donc pas même l'histoire de votre grand roi ! » Ce sens se rapproche de la tournure un peu ironique de Marc : « N'avez-vous donc jamais lu… - pas une seule fois, dans le cours de vos profondes études bibliques ! » Bleek entend : « N'avez-vous pas aussi lu… ? Ce fait ne figure-t-il pas dans votre Bible aussi bien que l'ordonnance sabbatique ? » - Le détail il entra… n'est pas mentionné dans l'A. T. ; mais il est impliqué dans le fait que David fut vu par Doëg qui était là devant l'Eternel, c'est-à-dire dans le parvis (voir Hofmann). Il en est de même des mots : et à ceux qui étaient avec lui ; ce détail n'est pas rapporté non plus dans l'A. T. ; mais, quoi qu'en dise Bleek, il y est impliqué : car David n'eût pas demandé cinq pains pour lui seul. Jésus le fait ressortir, parce qu'il veut établir un parallèle entre ses apôtres et les gens de David. - Le pronom οὓς ne se rapporte pas à τοῖς μετ’ αὐτους, comme dans Matthieu (le présent ἔξεστι ne le permet pas), mais à ἄρτους, comme objet de φαγεῖν ; εἰ μή est donc pris ici dans son sens régulier. Il en est autrement dans Matthieu, où εἰ μή est employé dans le même sens que Luc.4.26-27. - Dans Matthieu Jésus cite ici un second exemple de transgression sabbatique, le travail des prêtres dans le temple au jour du sabbat pour offrir les holocaustes et accomplir les autres actes du culte. Si l'œuvre de Dieu dans le temple affranchit l'homme du repos sabbatique, combien plus le service de celui qui est le Seigneur même du temple ne doit-il pas l'élever à la même liberté !
Le Cod. D et un Mn. ajoutent ici le récit suivant : « Ce jour peine, Jésus, voyant un homme qui travaillait pendant le sabbat, lui dit : O homme, si tu sais ce que tu fais, tu es bienheureux ; mais si tu ne le sais pas, tu es maudit et transgresseur de la loi. » Ce récit est une interpolation semblable à celle du récit de la femme adultère chez Jean, mais avec cette différence, que ce dernier est probablement la reproduction d'un fait réel, tandis que le premier ne peut être que controuvé ou altéré. Personne n'eût pu travailler publiquement en Israël le jour du sabbat sans être immédiatement puni ; et Jésus, qui ne s'est jamais permis la moindre infraction au vrai commandement mosaïque (quoi qu'en disent beaucoup de commentateurs), n'eût certainement pas autorisé chez un autre cette émancipation prématurée.