Feine fait bien remarquer trois différences principales entre cette parabole et la précédente. Le vin nouveau ne représente pas seulement une partie du système nouveau, comme la pièce de drap neuf, mais ce système dans son ensemble. Le vin nouveau est perdu par le procédé employé, tandis que le vieil habit n'était que gâté davantage. Enfin Jésus ajoute ici l'indication de la vraie méthode : Mais il faut mettre… Ajoutons qu'à l'unité du vêtement neuf est substituée ici la pluralité des outres neuves. Et ce trait, comme on le verra, est précisément l'essentiel. - L'application de cette parabole aux disciples de Jean est absolument impossible, car ils ne possédaient pas eux-mêmes l'enseignement de Jésus et ne pouvaient en disposer ni bien ni mal. Aussi selon Beyschlag Jésus, après avoir commencé par répondre à la première question du v. 33 : Pourquoi les disciples de Jean et des pharisiens jeûnent-ils ? « Parce qu'ils sont conséquents à leur système ; » - en viendrait-il maintenant à la seconde : Pourquoi tes disciples ne jeûnent-ils pas ? Réponse : « Parce qu'on ne peut les forcer à enfermer la prédication nouvelle du royaume de Dieu dans les formes usées du judaïsme, méthode qui aboutirait à perdre cette prédication et en même temps à faire périr le judaïsme lui-même. » Sans établir une liaison aussi ingénieuse entre les deux paraboles, presque tous les exégètes admettent aussi que le sens de la seconde est celui-ci : L'esprit nouveau qui émane de Jésus ne saurait être enfermé dans les vieilles institutions mosaïques. Mais ce sens se heurte au fait historique incontestable que Jésus et ses disciples ont fidèlement observé toutes les prescriptions mosaïques. Et cependant sa parabole se rapporte au moment présent, puisqu'il indique la manière en laquelle il procède lui-même dans l'accomplissement de son œuvre : Il faut jeter. Puis, il y aurait, une disparate frappante entre l'image et son application : c'est l'esprit nouveau qui crée les formes nouvelles dans lesquelles il se conserve ; mais ce n'est pas le vin nouveau qui forme les outres neuves dans lesquelles on le verse. - Comme le sens de la première parabole s'explique en la rattachant d'une manière large à la dernière question des adversaires, l'idée de la seconde se comprend si on la met en relation avec le fait principal qui avait donné lieu à toute cette scène, la vocation du péager Lévi. Jésus, après avoir opposé, à l'occasion du jeûne et de la prière, les deux principes évangélique et légal, oppose maintenant les représentants de ces principes. On lui reproche d'aimer à vivre avec les péagers ; mais qui choisira-t-il pour en faire les dépositaires du spiritualisme qu'il apporte au monde comme un vin nouveau et régénérateur ? de vieux praticiens de l'observance légale, des pharisiens bouffis d'orgueil et remplis du sentiment de leur propre mérite, des scribes qui ne savent que disséquer la lettre des textes ? Associer à son œuvre de pareils hommes, ce serait le bon moyen de l'altérer par l'alliage de l'esprit légal et des préjugés invétérés dont ces hommes sont imbus. Et bientôt tout serait perdu, aussi bien l'Evangile qu'ils n'auraient point véritablement compris, que leur propre dévotion routinière qui ne pourrait subsister à ce contact avec un enseignement si différent. A un principe nouveau il faut des agents nouveaux, des natures encore fraîches qui ne possèdent rien, mais qui se livrent tout entières, des tables rases sur lesquelles la main du Maître puisse écrire la vérité divine en caractères distincts, et sans y rencontrer les traces du faux savoir humain. C'est ce que Jésus exprime lui-même dans cette prière prononcée à l'occasion de la mission des soixante-dix disciples : « Père, je te rends grâces de ce que tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents et de ce que tu les as révélées à ces petits enfants. » Dieu l'avait préservé de l'adhésion des rabbins et des scribes, et lui avait donné pour instruments ces pauvres ignorants Galiléens. Il l'en bénit : « Oui, Père, cela est ainsi parce que tu l'as trouvé bon ! »
L'image des outres est empruntée à l'usage oriental de conserver les liquides dans des outres faites le plus souvent en peau de chèvres. « Personne, dit Piérotti, ne voyage en Palestine sans avoir dans ses bagages une outre remplie d'eau. Ces outres conservent l'eau à boire sans lui donner un mauvais goût, et aussi le vin, l'huile, le miel et le lait. » Les derniers mots dans le T. R. : « Et tous deux se conservent, » sont tirés du texte de Matthieu, où ils ne manquent dans aucun document.
Après avoir énoncé de la manière la plus énergique le contraste entre les deux principes ainsi qu'entre leurs représentants respectifs, Jésus, dans une troisième parabole, met en garde les représentants sincères de l'ancien système contre l'esprit routinier qui les domine et qui menace de les rendre injustes envers le principe nouveau.
Verset 39. Troisième parabole :