Plusieurs appliquent le terme : cette parole, uniquement à l'ordre de Jésus qui a guéri le malade. Mais d'après le v. 32, ils pensent à la parole de Jésus en général, y compris son enseignement. Tout cela ne fait qu'un à leurs yeux. L'autorité souveraine et la force irrésistible avec laquelle il se fait obéir des démons sont opposées aux formules et aux simagrées par lesquelles les exorcistes prétendaient chasser les démons. La manière dont Jésus guérit diffère autant de celle de ces gens que son mode d'enseignement diffère de celui des scribes.
Le récit de ce miracle manque dans Matthieu. Dans Marc, il est placé, à peu près comme chez Luc, au commencement de ce séjour à Capernaüm. Entre les deux, il n'y a que quelques différences de détail, soit dans la narration elle-même, soit dans les paroles du peuple. La difficulté pour ceux qui admettent que Matthieu et Luc ont travaillé sur le Marc primitif ou canonique
est d'expliquer pourquoi le premier a omis ce récit, tandis que le second la conservé. Ebrard et Holtzmann supposent que c'est pour compenser cette omission que Matthieu mentionne à Gadara deux démoniaques au lieu d'un. Ce procédé de compensation serait-il digne d'un écrivain sérieux ? - Weiss, pour prouver que Luc a transcrit le récit de Marc, allègue la forme ναζαρηνός, qui est propre à Marc (Marc.1.34 ; 10.47 ; 14.67 ; 16.6), tandis que Luc se sert de la forme ναζωραϊος (sept fois dans les Actes). Mais dans l'un au moins des deux cas où ce terme se retrouve dans l'évangile de Luc (24.19), la vraie leçon paraît être ναζαρηνός. Dans l'autre cas (18.37), la leçon n'est pas entièrement, certaine.
Remarques sur les démoniaques
Josèphe envisageait les démoniaques comme des hommes en qui revenait habiter l'esprit d'un homme mort. D'après Origène, les médecins grecs ne voyaient dans cet état qu'une forme de maladie nerveuse ; lui-même combat cette opinion. L'opinion générale attribuait ces dérangements physico-psychiques à la prise de possession de la personne humaine par des anges déchus. Semler est revenu à l'idée des médecins grecs, qui est aujourd'hui l'opinion régnante chez les représentants de la science médicale. Selon lui, les évangélistes auraient partagé le préjugé populaire, et Jésus, dans la manière dont il guérissait ces états maladifs, se serait accommodé à cette idée superstitieuse. - Sans doute, les traits sous lesquels sont présentés dans l'évangile les états de plusieurs malades appelés démoniaques, rappellent certains dérangements nerveux tout naturels (épilepsie, paralysie, cécité, surdité et mutisme), mais ce ne sont là que les symptômes du mal. D après tous les récits où les détails de la guérison sont racontés, l'essence de cet état consiste dans la perte du sentiment de la personnalité ; la conscience du malade est comme absorbée dans la conscience d'une personnalité étrangère. Nous venons de le constater dans le nous par lequel le possédé se confond avec le démon et les autres êtres de même nature ; voir à 8.30. Aussi le premier soin de Jésus pour obtenir la guérison est-il de séparer ces deux personnalités dont l'une a en quelque sorte confisqué l'autre. Ce trait fondamental me paraît être un fait sui generis, qui empêche de confondre ces états avec de simples dérangements nerveux. Aussi les évangélistes, tout en rangeant les possédés dans la classe des malades, leur assignent-ils toujours une place à part parmi ceux-ci. La désorganisation physico-psychique, dont souffrent ces gens, provient d'un mal plus profond qui a son siège dans la sphère pneumatique. Et cette opinion était certainement celle de Jésus. Si à la rigueur on pouvait expliquer par une accommodation ses entretiens publics avec les démoniaques, lorsqu'il se retrouvait seul avec ses disciples, c'était le moment de chercher à les éclairer et de leur expliquer sa véritable pensée. Au lieu de cela, il les confirme dans leur superstition ; il leur donne « le pouvoir d'expulser les démons » (9.1), de « marcher sur les forces de l'ennemi » (10.19) ; il leur explique, par la victoire personnelle qu'il a remportée sur le prince des démons, celles qu'il remporte si aisément chaque jour sur ses suppôts (11.21-22). Il distingue même différentes catégories de démons dont l'une ne peut être expulsée qu'au moyen d'une préparation spéciale (Marc.9.29). Il avait donc bien l'idée d'une possession proprement dite. Se serait-il peut-être trompé ? Mais il n'aurait pu exercer un empire si absolu sur cette espèce de maladie, s'il en eût méconnu grossièrement la nature. M. Renan a supposé qu'il ne s'agissait que de simples manies ou bizarreries. Mais quoi ! Jésus aurait expliqué de telles guérisons par la victoire qu'il avait remportée sur Satan au désert, et il aurait pu s'exprimer ainsi : « Si je chasse les démons par le doigt de Dieu, le règne de Dieu s'est donc approché de vous » (11.20) ! - Il me paraît qu'à ce moment suprême de l'histoire. Dieu avait permis l'invasion d'une puissance malfaisante, non seulement dans la sphère morale, mais même dans le domaine physico-psychique de la vie humaine. C'était le symptôme parlant de sa désorganisation croissante et le prélude de sa dissolution prochaine, comme conséquence dernière du péché, si, par le fait de la venue du Christ, ce n'eût été le signal de son salut. Par l'arrivée du Saint de Dieu, la guérison de pareils malades devint l'emblème le plus significatif de la délivrance morale radicale qu'il apportait à l'humanité.
On a objecté contre la réalité de ces faits le silence de Jean. Mais son évangile se termine par ces mots : « Il y a encore de nombreux et d'autres miracles qui ne sont pas écrits dans ce livre » (20.20). Assurément des scènes comme celle que nous venons d'étudier et celle 8.27 et suiv. ne s'inventent pas. - On demande si des états tels que ceux-là se rencontrent encore à cette heure. C'est aux médecins aliénistes à répondre. Pour nous, il nous paraît que l'on ne peut attribuer aux dérangements psychiques un caractère de possession que dans les cas mystérieux et exceptionnels où la volonté paraît comme enchaînée et paralysée par une puissance inconnue, et où la conscience du moi se trouve confisquée. - Nous rappelons, en terminant, que l'état des possédés est présenté dans l'Evangile comme absolument différent de l'état de ceux que Jésus appelle les enfants du diable (Jean.8.44). Ceux-ci sont en parfaite santé de corps et d'esprit ; c'est le cœur qui est malade, soit sous la forme de l'orgueil pharisaïque, soit sous celle de la corruption grossière.
2o Versets 38-39 : Guérison de la belle-mère de Pierre.