Jusqu'alors, Jésus avait sans doute visité Capernaüm ; il y avait même fait quelques miracles de guérison dont le bruit était parvenu jusqu'à Nazareth. Mais c'est dès maintenant seulement qu'il y fixe sa résidence ordinaire et qu'il commence à en faire le centre de son évangélisation galiléenne ; comp. (outre Jean.2.12 et Matth.4.13) Matth.9.1, où Capernaüm est appelée ἡ ἰδία πόλις, sa propre ville. Le mot : il descendit, fait allusion à la situation de Capernaüm au bord de la mer. Le nom de Capernaüm ou Capharnaüm ne se rencontre nulle part dans l'A. T. Il paraît par là que cet endroit n'était pas très ancien. Le nom peut signifier : bourg de Nahum (par allusion au prophète de ce nom) ou (plus probablement) bourg de consolation. Ce nom était proprement, d'après Josèphe, celui d'une source[1] ; dans le seul passage où il mentionne la ville elle-même, il l'appelle Κεφαρνώμη[2]. Jusqu'à ces derniers temps, on admettait assez généralement que l'emplacement de Capernaüm était celui des ruines de Tell-Hum, vers l'extrémité septentrionale du lac de Génézareth, à l'ouest de l'embouchure du Jourdain. Depuis Robinson, plusieurs, M. Renan et Keim, par ex., inclinaient à le chercher à trois quarts de lieue plus au sud, à l'endroit où se trouvent les restes d'un grand caravansérail nommé Khan-Minyeh. Caspari et d'autres pensent à quelque localité disparue qui aurait existé dans la fertile plaine de Génézareth, près de la magnifique source appelée Aïn-Mudawara, qui arrose cette plaine. Tout examen fait, les raisons de M. Furrer, dans le Bibel-lexicon de Schenkel, en faveur de Tell-Hum, me paraissent prépondérantes ; voir aussi Delitzsch : Ein Tag in Capernaüm. - L'agriculture, la pêche et le commerce, que favorisait la grande route de caravanes allant, de Damas à Ptolémaïs, qui passait près de cette ville, en avaient fait une cité florissante. Elle était alors la ville la plus importante de la contrée septentrionale du lac. C'était la capitale juive de la Galilée, comme Tibériade en était la capitale païenne (même rapport qu'entre Jérusalem et Césarée). - Le complément de Galilée est motivé par le fait que c'est la première fois que ce nom paraît dans le récit (au v. 23, c'est dans un discours) et que cet évangile est destiné à des païens qui ne connaissaient pas la Palestine.
On peut envisager les v. 31 et 32 soit comme l'introduction particulière à la scène de la guérison du démoniaque, soit comme un préambule général préparant tout ce qui va suivre jusqu'à la fin du chapitre. En faveur de cette seconde opinion, on peut alléguer la forme analytique ἦν διδάσκων, qui paraît indiquer l'habitude, et le pluriel τοῖς σάββασι, littéralement « dans les sabbats. » Mais le v. 16 prouve que le pluriel τὰ σάββατα peut désigner un sabbat unique ; comp. Ex.20.10 ; Lév.23.32 (dans les LXX). Matth.28.1 ; Marc.1.21, etc. Josèphe (Antiq. I, 1, 1) dit expressément : « qu'on appelle ce jour σάββατα ; » il explique ce pluriel par la cessation des travaux multiples (σχολή τῶν πόνων) qui remplissent les autres jours. L'étroite liaison entre les v. 32 et 33 parle plutôt en faveur du premier sens. La forme analytique ἦν διδάσκων sert à peindre la solennité de ce moment. Ce qui confirme cette explication, c'est le parallèle de Marc qui repose sur le même fond traditionnel et, dont le sens n'est pas douteux (Marc.1.21-22). - Le terme ἐξουσία, autorité, ne désigne pas la puissance avec laquelle la parole de Jésus agira tout à l'heure sur le démoniaque. Luc aurait dit plutôt δύναμις, la force (v. 14). Il s'agit de ce caractère de souveraineté qui distinguait l'enseignement de Jésus de celui des docteurs israélites. Les scribes discutaient sur les textes et les disséquaient ; Jésus posait la vérité, dans l'assurance qu'elle se justifiait d'elle-même dans la conscience des auditeurs ; comp. Marc.1.22 ; Matth.7.28-29. Il parlait en législateur, non en légiste. Le trait suivant n'est pas raconté comme un exemple de cette autorité, mais comme démontrant le droit que Jésus avait de se l'attribuer.
C'était par ce v. 31 que Marcion commençait son évangile (Tertullien, Cont. Marc. IV, 7), en le faisant précéder de la détermination chronologique 3.1 : « La quinzième année du gouvernement de Tibère, Jésus descendit dans la ville de Galilée Capernaüm. » Le régime sous-entendu de descendit ne pouvait être dans sa pensée que : du ciel. De plus, il plaçait la visite à Nazareth après la guérison du démoniaque (sans doute en raison du v. 23).
Notes
[1] Bell, jud., III, 10, 8 : « A la douceur de la température se joint l'avantage d'une source abondante que les habitants appellent Capharnaüm. »
[2] Jos., Vita, §72