D'après Jean, les autorités juives demandèrent à Pilate de faire enlever les corps avant le commencement du jour suivant, qui était un sabbat extraordinaire. Car, lors même que Jésus et ses compagnons de supplice n'étaient point encore morts, ils pouvaient mourir avant la fin du jour qui allait commencer, et qui se trouverait souillé par là, et cela d'autant plus que, comme c'était un sabbat, on eût dû laisser là les corps (Deut.21.22). - Le crurifragium, ordonné par Pilate, avait pour but, non de donner immédiatement la mort aux condamnés, mais de la rendre inévitable et prochaine. Cela suffisait pour qu'on pût les détacher de la croix. Ainsi s'explique l'étonnement de Pilate, lorsque Joseph d'Arimathée vient lui apprendre que Jésus était déjà mort et lui demander le corps (Marc.15.44). - Les amis cachés du Seigneur se montrent, au moment de son opprobre le plus profond. Déjà s'accomplit le mot de Paul (2Cor.5.14) : « L'amour de Christ nous presse. » Chaque évangéliste caractérise Joseph à sa manière. Luc dit : un sénateur bon et juste ; c'est le καλὸς κ’ᾳγαθός, l'idéal grec ; Marc : un sénateur vénérable, l'idéal romain ; Matthieu : un riche personnage ; n'est-ce pas l'idéal juif ? Luc fait encore ressortir le fait que Joseph n'avait pas consenti à la sentence (βουλή), ni aux odieuses pratiques (πράξει) par lesquelles le consentement de Pilate à la condamnation de Jésus avait été obtenu. Ἀριμαθαῖα est la forme grecque du nom de la ville de Ramathaïm (1Sam.1.1), lieu de naissance de Samuel, située dans la montagne d'Ephraïm, par conséquent en dehors des limites naturelles de la Judée. Mais depuis l'époque dont parle 1Macc.10.38 ; 11.34, elle avait été attribuée à cette province ; de là l'expression : ville des Juifs. Quant à Joseph, il demeurait depuis un certain temps à Jérusalem, puisqu'il y possédait un sépulcre. - La leçon alex. καὶ προεδέχετο a beau être la plus courte, elle ne saurait être la vraie, quoi qu'en dise Weiss. Car elle ne peut rendre compte des adjonctions diverses qui se trouvent dans tous les autres textes. Il est plus probable que dans ce cas les textes variés sont provenus de la leçon la plus longue par voie de retranchement, par conséquent de la leçon reçue ὃς καὶ προσεδέχετο καὶ αὐτός, qui a été diversement abrégée, à cause du pléonasme qu'elle semblait présenter. Les copistes n'ont pas compris l'intention de ce καί, aussi, et de ce καὶ αὐτός, lui aussi. Par le premier aussi, Luc ajoute la qualité de croyant à celles qu'il avait déjà attribuées à Joseph ; et par le lui aussi, il le distingue des amis de Jésus qui s'étaient déjà déclarés. Lui aussi était l'un des siens, quoique en apparence il fût encore dans les rangs de ses adversaires.
Marc (Marc.15.46) raconte que le linceul, dont le corps fut enveloppé, fut acheté en ce moment même par Joseph. Comment expliquer un tel achat, si ce jour-là était sabbatique, si c'était le 15 nisan ? Langen répond qu'Ex.12.46 établissait, quant à la préparation des aliments, une différence entre le 15 nisan et le sabbat proprement dit, et que cette différence avait pu s'étendre à d'autres circonstances de la vie, aux achats, par exemple ; que d'ailleurs on pouvait acheter sans payer le jour même. Mais il n'y a aucune raison d'admettre une extension de l'autorisation Ex. ch. 12 au-delà des termes mêmes du texte.
D'après les synoptiques, ce qui détermina l'emploi de ce sépulcre, fut la circonstance qu'il appartenait à Joseph. D'après Jean, ce fut sa proximité du lieu du supplice, jointe à l'approche du sabbat. Mais ces deux causes se contredisent si peu, que l'une est au contraire étroitement liée à l'autre. Car l'approche du sabbat n'a pu exercer une influence sur le choix de cette grotte funéraire, qu'à la condition qu'elle appartînt à l'un des amis de Jésus. - Les synoptiques ne parlent pas de la participation de Nicodème à l'inhumation du Seigneur. Ce détail, omis par la tradition, a été rétabli par Jean.
Versets 54 à 56. Les derniers moments du jour :