Depuis que la Judée avait été réduite en province romaine, à la suite de la destitution d'Archélaüs, l'an 7 de notre ère, l'autorité juive avait légalement perdu le jus gladii que se réservaient partout les Romains dans les provinces incorporées à l'empire. Peut-être, comme Langen le conclut avec vraisemblance de Jean.18.30-31, les gouverneurs précédents s'étaient-ils relâchés de la rigueur du droit public sur ce point, et Pilate était-il le premier qui eût réduit les Juifs à leur stricte compétence légale. C'est en effet une tradition rapportée par le Talmud, que « quarante ans avant la destruction du temple (ainsi vers l'an 30 de notre ère seulement), le droit de prononcer des sentences capitales fut ôté à Israël » (Cant. 24, 2). Ainsi s'explique la démarche des Juifs (v. 1), qui conduisent Jésus devant Pilate. Les autres motifs par lesquels on a cherché à expliquer cette mesure, tels que le désir de faire peser sur Pilate seul la responsabilité de cette mort (Mosheim), ou celui de faire périr Jésus par le supplice romain et particulièrement cruel de la croix (Chrysostome), ou enfin celui de ne pas violer le repos de la fête (Augustin), ont été réfutés par Langen (p. 246-251). - On ne peut décider si Pilate résidait dans le magnifique palais d'Hérode-le-Grand, dans la ville haute, ou dans la citadelle Antonia, au nord-ouest du temple. La tradition fait partir la Voie douloureuse de cette dernière localité. - Nous savons par Jean que le grief mis en avant par les Juifs (v. 2) ne fut pas le vrai point de départ de cette longue négociation. Ils commencèrent par tenter d'obtenir de Pilate l'exécution de la sentence sans avoir soumis la sentence elle-même à sa confirmation. Là-dessus celui-ci, plus fin qu'eux, se montre charmé de cette tournure que prend le procès, et leur déclare qu'il consent avec plaisir à ne point intervenir dans cette affaire, et qu'il leur abandonne Jésus, bien entendu, dans les limites de leur compétence (l'application des peines purement juives, l'excommunication synagogale, la flagellation, etc.). Comme cela ne faisait pas le compte des Juifs, qui voulaient à tout prix sa mort, ils durent abandonner cette position hautaine qu'ils avaient essayé de prendre, et soumettre leur sentence à l'appréciation de Pilate. Ils produisirent alors l'accusation politique (v. 2 et parall.), et c'est ici que le récit des synoptiques rejoint celui de Jean. Le grief allégué par les Juifs était un mensonge insigne ; car Jésus avait résolu affirmativement la question de savoir s'il fallait payer le tribut à César, et il s'était toujours abstenu avec soin de tout ce qui pouvait amener un soulèvement de la part du peuple. L'apparence de vérité, qui doit exister dans toute accusation, se trouvait uniquement dans ces derniers mots : Il s'est fait le Christ, titre qu'ils expliquent méchamment par celui de roi. Or, s'il a pris le titre de Christ, titre auquel ils attribuent un sens politique, il est clair que, pour être conséquent, il a dû interdire le paiement du tribut. S'il ne l'a pas fait réellement, logiquement il aurait dû le faire. Donc c'est comme s'il l'avait fait. Cette traduction du titre de Christ en celui de roi, devant Pilate, est particulièrement remarquable si on la compare à la traduction de ce même titre en celui de Fils de Dieu, devant le Sanhédrin. Au moyen de la première interprétation, on motive l'accusation de rébellion, comme au moyen de la seconde on avait motivé celle de blasphème. Il y a de la souplesse dans cette haine. Voilà donc, devant Pilate, un tout autre grief que celui pour lequel ils l'avaient eux-mêmes condamné !
Versets 3 à 5 Enquête de Pilate :