Avant que Jésus ait, répondu à la question qui lui a été adressée par les apôtres, Pierre agit de son chef. Il semble le faire au nom de tous : « Frapperons-nous ? » Les synoptiques ne nomment ni le disciple qui frappe, ni le serviteur frappe. Jean donne le nom de l'un et de l'autre. Pourquoi ? Tant que le Sanhédrin jouissait encore de son autorité, la prudence interdisait de prononcer le nom de Pierre. Et aussi la tradition orale avait-elle gardé le silence sur ce point. Mais après la mort de Pierre et la ruine de Jérusalem, Jean n'était plus retenu par les mêmes craintes. Quant au nom de Malchus, il ne s'était, conservé que dans le souvenir du disciple qui, connu peut-être dans la maison du grand sacrificateur, connaissait lui-même cet homme. Que penser de l'auteur du quatrième évangile, si ces noms propres n'étaient que des fictions ? - Jean dit, comme Luc, « l'oreille droite. » - Les mots ἐᾶτε ἕως τούτου remplacent, dans Luc, une longue et importante réponse de Jésus dans Matthieu. Faut-il appliquer cet ordre aux huissiers : « Laissez-moi aller jusqu'à cet homme » (Paulus) ; ou « jusqu'à l'endroit où est cet homme » ? Mais il eût fallu ἐᾶτε με « laissez-mot aller. » Ou bien faut-il entendre avec de Wette et Riggenbach : « Laissez-moi libre pour ce moment-ci. » Le ἕως, jusqu'à, ne conduit pas naturellement à ce sens. D'ailleurs, le ἀποκριθείς, répondant, montre que ces mots de Jésus sont en l'apport avec l'acte du disciple plutôt qu'avec l'arrivée des huissiers. Ce n'est qu'au v. 52 que Jésus se tourne vers les arrivants (πρὸς τοὺς παραγενομένους). Il s'adresse ici aux apôtres. Le sens est donc, ou : « Laissez ces hommes (les huissiers) aller jusqu'à ce point (jusqu'à me saisir), » ou (ce qui est plus naturel) : « N'allez pas plus loin ! Pas un second coup semblable ! Celui-ci est plus que suffisant. » Cet acte de violence, en effet, compromettait non pas seulement la sûreté de Pierre, mais la cause même du Seigneur. Peu s'en est fallu que Jésus n'ait été empêché par là d'adresser à Pilate cette parole, importante pour sa défense en face du crime dont l'accusaient les Juifs (Jean.18.36) : « Mon règne n'est pas de ce monde ; si mon règne était de ce monde, mes serviteurs auraient combattu pour moi, afin que je ne fusse pas livré aux Juifs. » Il ne fallut rien moins que la guérison immédiate de Malchus pour rétablir la situation morale gâtée par cette faute. - La guérison n'est racontée que par Luc ; Meyer la relègue par cette raison dans le domaine du mythe. Mais si elle n'avait pas eu lieu, on ne comprendrait pas comment Pierre et Jésus lui-même auraient échappé à ce chef d'accusation.
Versets 52 et 53. Paroles de Jésus à la troupe :