Luc réunit les trois réveils en un. Puis il cherche à expliquer ce sommeil mystérieux qui accable les disciples, et il le fait dans le sens le plus bienveillant pour eux : la cause n'en est point l'indifférence, mais l'accablement de la douleur. Il est connu, en effet, qu'une douleur profonde dispose au sommeil par l'épuisement, surtout à la suite d'une longue et vive tension. Ce détail est complètement propre à Luc, et combien n'est-il pas opposé au sentiment hostile envers les disciples, qu'on lui attribue !
Verset 46. Quant à Jésus, il se relève de cette lutte, délivré de sa crainte, comme dit l'épître aux Hébreux, c'est-à-dire en possession du calme profond que donne à l'âme la soumission consommée. Le supplice n'a pas changé de nature, il est vrai ; mais l'impression que l'attente de la croix produit sur Jésus n'est plus la même. Il s'est donné tout entier ; il a fait ce qu'il annonçait lui-même avant de passer le Cédron : « Je me sanctifie moi-même pour eux » (Jean.17.19), acte que formule ainsi l'épître aux Hébreux : « Lui-même, par l'Esprit éternel, il s'est offert sans tache à Dieu » (Héb.9.14). Le sacrifice accepté lui fait éprouver par avance le repos du sacrifice accompli. Il marche désormais d'un pas ferme au-devant de cette croix dont la vue, un instant, auparavant, le faisait chanceler. Mais il n'en est pas de même des disciples. Ils n'ont pas envisagé de front le danger d'infidélité qui les menace et ne s'y sont pas préparés par la vigilance et la prière. Il est naturel qu'ils y succombent.
II.
La Passion.
(22.47 à 23.46)
La mort de Jésus n'est pas seulement, aux yeux des évangélistes et d'après les paroles qu'ils mettent dans sa bouche, le résultat historique du conflit qui s'est élevé entre lui et les autorités théocratiques. Il ne lui arrive que ce qui a été déterminé devoir être fait (22.22). Il faut que cela arrive ainsi (Matth.26.54). Lui-même a cherché un moment à lutter contre cette mystérieuse nécessité, en recourant à cette possibilité infinie qui se confond avec la liberté divine (Marc.14.36). Mais le fardeau est retombé sur lui de tout son poids, et il le porte maintenant. Il meurt pour la rémission des péchés du monde (Matth.26.28). La dogmatique apostolique ne dit au fond rien de plus que ce qui est renfermé dans les paroles de Jésus. Seulement il est naturel que dans les épîtres ressorte davantage le plan divin, dans les évangiles l'action des facteurs humains. Les deux points de vue se complètent : Dieu agit par le moyen de l'histoire et l'histoire réalise la pensée divine.
Ce cycle comprend les récits de l'arrestation de Jésus (22.47-53) ; de son double procès ecclésiastique et séculier (22.54 à 23.25) ; de son supplice (v. 26 à 46).
1. L'arrestation de Jésus. (22.47-53)
Trois faits sont renfermés dans ce morceau : 1o le baiser de Judas (v. 47 et 48) ; 2o l'essai de défense des disciples (v. 49 à 51) ; 3o le reproche que Jésus adresse à ceux qui viennent le saisir (v. 52 et 53).
Versets 47 et 48. Le baiser de Judas :