Que les mots : Et le Seigneur dit, soient authentiques ou non, il est difficile de trouver une relation entre cet avertissement donné à Pierre et la promesse qui a précédé. Hofmann suppose que Pierre avait été froissé par la discussion sur la question : « Qui est le plus grand ? » qui lui paraissait toute résolue, et que Jésus veut, effacer ce léger froissement par une tristesse plus sérieusement motivée. On pourrait penser que la sortie de Judas, qui avait eu lieu peu d'instants auparavant, l'avait conduit à penser au rôle que le tentateur allait, jouer auprès de tous les autres disciples, de Pierre en particulier. Jean motive cet avertissement d'une manière très simple : Jésus a dit aux disciples : « Vous ne pouvez me suivre maintenant ; il faut accepter la séparation. » Pierre objecte que, quant à lui, il est prêt à l'accompagner à travers tout. Et Jésus lui répond alors en lui annonçant son prochain reniement. D'après Jean et Luc, tout cela s'est passé encore dans la salle du repas ; mais Matthieu et Marc placent cette annonce sur le chemin de Gethsémané. Il me paraît que le récit de Jean décide en faveur de Luc. Car il est impossible de supposer, comme quelques-uns l'ont fait, que Jésus ait prononcé deux fois cette prophétie. Le tentateur est là tout près ; après s'être emparé de Judas, il menace tous les disciples ; il se dispose à assaillir Jésus lui-même. « Le prince du monde vient » (Jean.14.30). Dans ce moment d'épreuve générale, le danger est proportionné à la somme d'alliage que chacun porte en son cœur. C'est la raison pour laquelle Jésus s'adresse plus directement à Pierre. Par cette allocution : Simon, deux fois répétée, il fait allusion à son caractère naturel, et le met en garde contre la présomption qui en est le trait dominant. Le ἐξ dans ἐξητήσατο renferme cette idée : le faire tomber des mains de Jésus dans les siennes. Le verbe : σινιάζω, qui ne nous est connu que par les lexicographes grecs, signifie agiter dans le crible ou dans le van. Satan demande le droit de mettre les Douze à l'épreuve ; et il se fait fort, vis-à-vis de Dieu, comme autrefois par rapport à Job, de prouver qu'ils ne sont que de la balle, que même le meilleur d'entre eux ne vaut pas mieux au fond que Judas. Jésus ne dit pas (v. 32) que sa demande ait été repoussée. Il résulte bien plutôt de l'intercession de Jésus qu'elle a été accordée quant à Pierre et même quant, à tous (Jean.16.32). Jésus cherche seulement à prévenir quant au premier les conséquences si graves de la chute terrible qui le menace. L'infidélité qu'ils vont tous commettre pourrait rompre le lien formé entre eux et lui. Celle de Pierre, en particulier, pourrait le jeter dans un désespoir semblable à celui qui perdra Judas. Mais, tandis que l'ennemi épie le côté faible des disciples pour les perdre, Jésus veille et prie pour empêcher que ses coups ne soient mortels pour l'un d'eux. Langen après Grotius et d'autres, explique ἐπιστρέψας dans le sens de שוב : « affermis de nouveau tes frères. » Mais ce sens d'ἐπιστρέφειν est inconnu en grec ; en réalité il ne se trouve pas même dans le passage des LXX que l'on allègue, Ps.85.7. Quand Pierre sera revenu à Dieu et aura par une sérieuse repentance renoué le lien rompu (1.16), il devra être au milieu de ses frères le soutien de la foi commune. C'est bien ce qu'il a été en effet entre la résurrection et la Pentecôte. Quel jour jette cette parole de Jésus sur la puissante réalité des scènes du monde invisible et leur influence à l'égard des choses de la terre ! Quoiqu'elle ne nous ait été conservée que par Luc, Holtzmann en reconnaît, l'authenticité. Il l'attribue à une tradition particulière. Cela ne l'empêche pas néanmoins de dériver tout ce récit de la source commune.
Verset 34. Comme Pierre croit à sa fidélité plus qu'à la parole de Jésus, celui-ci, pour abattre sa présomption, lui annonce alors sa chute prochaine. Le nom de Pierre n'est pas substitué sans intention à celui de Simon (v. 31). C'est un titre : « Toi que j'ai élevé si haut, dont j'ai fait un Pierre, tomberas-tu donc si bas ? » On distinguait trois chants du coq ; le premier entre minuit et 1 h, le second vers 3 h, le troisième entre 5 et 6 h. C'est pourquoi la troisième veille (de minuit à 3 heures), comprise entre les deux premiers chants, s'appelait ἀλεκτοροφωνία, chant du coq (Marc.13.35). La parole de Jésus, telle qu'elle est, formulée dans Luc, Matthieu et Jean, signifie donc : « Aujourd'hui, avant que la seconde veille, de 9 h à minuit, soit écoulée, tu m'auras renié trois fois. » Marc dit, certainement, d'une manière à la fois plus détaillée et plus exacte : « Avant que le coq ait chanté deux fois, tu me renieras trois fois. » Cela ne signifie plus : avant minuit ; mais avant 3 heures. La mention de ces deux chants, dont le premier aurait dû être déjà pour Pierre un avertissement, fait mieux ressortir la gravité de sa faute. - A l'idée du danger qui menace Pierre, se rattache naturellement celle de la position difficile que la mort de Jésus va faire à ses disciples en général par rapport à leurs concitoyens :
Versets 35 à 38. La position nouvelle des disciples :