La transition δὲ καί est très peu précise ; elle rattache simplement la discussion suivante à la précédente (v. 23), mais non chronologiquement. Luc ignorait sans doute à quel moment elle avait eu lieu ; il savait seulement qu'elle appartenait à ce repas. La comparaison des paroles de Jésus v. 26 et 27 avec le récit de Jean ne me paraît pas laisser de doute sur la relation de cette querelle avec le fait du lavement des pieds. Elle a donc eu lieu plutôt, comme vraisemblablement celui-ci, au commencement du repas. A quelle occasion ? On a supposé que ce qui y donna lieu, fut la question de savoir qui laverait les pieds du Maître et ceux des autres disciples. Mais la question discutée aurait plutôt été dans ce cas : Qui est le plus petit ? que : Qui est le plus grand ? Il faut donc peut-être supposer, avec Hofmann et Keil, que la discussion fut occasionnée par la question de savoir qui occuperait à table la place d'honneur, c'est-à-dire la place la plus rapprochée de Jésus. Pierre et Jean surtout avaient de bonnes raisons pour réclamer ce privilège. Ce serait alors que Jésus, après avoir tranché le débat en faveur de Jean, aurait accompli le lavement des pieds, puis prononcé les paroles qui suivent. - Δοκεῖ, paraît : d'après les manifestations du sentiment de Jésus qui, naturellement, fait règle pour l'appréciation des disciples. - Le comparatif μείζων : dans le sens du superlatif : plus grand (que les autres) ; donc le plus grand.
Verset 25. A l'égard de cette contestation, Jésus ne s'irrite pas plus qu'il ne se décourage ; il sait bien que par sa parole et son exemple il a déjà déposé dans le cœur des apôtres un principe pur qui l'emportera finalement chez eux sur toutes les formes du péché : « Vous êtes déjà purs à cause de la parole que je vous ai annoncée, » leur dit-il lui-même, Jean.15.3. Il continue donc avec douceur le travail commencé. Dans la société humaine, on règne par la force physique ou intellectuelle ; et le surnom d'εὐεργέτης, bienfaiteur, est le titre dont les flatteurs ne rougissent pas d'honorer souvent les plus durs tyrans. - Verset 26. A cette société humaine naturelle Jésus oppose le type d'une société nouvelle, au sein de laquelle le seul titre de grandeur sera l'abondance des services rendus. Le terme ὁ νεώτερος, le plus jeune (v. 26), est parallèle à διακονεῶν, celui qui sert, parce que chez les Juifs les travaux les plus humbles et les plus pénibles étaient confiés aux plus jeunes membres de l'assemblée (Act.5.6-10). L'idée est donc : La grandeur réelle se montre dans l'empressement avec lequel on se met au service des autres.
Verset 27. Jésus allègue son propre exemple. Si l'on ne rapporte pas la parole v. 27 à l'acte du lavement des pieds raconté Jean ch. 13, il faut appliquer les mots : Je suis au milieu de vous comme celui qui sert, à la vie de Jésus en général, ou bien au sacrifice qu'il fait actuellement de sa personne (v. 19 et 20). C'est ce qu'a probablement fait Luc, qui ne paraît pas avoir connu la circonstance du lavement des pieds, effacée dans la tradition. Mais de la sorte on ne se rend pas compte de l'antithèse entre : « celui qui est assis à table, » et : « celui qui sert. »
Après avoir opposé à l'idéal de grandeur du cœur naturel, l'idéal divin qu'il apporte au monde, Jésus donne satisfaction à ce qu'il y avait pourtant de fondé dans l'aspiration des disciples. Car enfin, si l'humble charité est le chemin, le but est bien la gloire ; comp. Rom.2.7 : « Ceux qui cherchent la gloire, l'honneur et l'incorruptibilité. »