Ce fut probablement le mardi soir que Jésus parla ainsi à ses quatre disciples. Luc place à ce moment-là un coup d'œil sommaire sur les derniers jours du ministère du Seigneur à Jérusalem. Ἀυλίζεσθαι : passer la nuit en plein air. L'emploi du εἰς provient de l'idée de mouvement renfermée dans le mot ἐξερχόμενος (Bleek). Le récit de la femme adultère, inséré ici dans quelques Mss., est dû sans doute à une annotation marginale empruntée par un copiste à l'évangile des Hébreux et qui a fait invasion dans le texte. Du reste, ce récit serait mieux placé chez Luc que chez Jean, car il a un grand rapport avec le contenu du ch. 20 (les pièges tendus à Jésus). Et un fait de ce genre peut fort bien s'être passé réellement dans les quelques jours dont v. 37 et 38 retracent, le sommaire.
SIXIÈME PARTIE :
La Passion
Ch. 22 et 23
Le Sauveur venait de prendre dans le temple une position en quelque sorte royale. Il renonce dès maintenant à cette souveraineté passagère, épanouissement normal de son activité prophétique et, se renfermant dans un silence et une passivité qui ont fait donner au temps qui suit le nom de Passion, il se voue au douloureux sacerdoce qui doit clore sa carrière terrestre et former la transition à sa royauté céleste.
Nous trouvons dans le IVe évangile le récit d'une scène qui doit s'être passée dans l'un des jours auxquels se rapporte le coup d'œil sommaire Luc.21.37-38. C'est le discours que prononça Jésus dans le temple, en réponse à la demande de quelques prosélytes grecs qui avaient désiré de s'entretenir avec lui, et la manifestation divine qui eut lieu à cette occasion (Jean.12.20 et suiv.). Après cela, Jean s'exprime ainsi : « Et s'en allant, il se cacha d'eux » (v. 36). Ce départ pourrait être identifié avec celui de Matth.24.1 ; comp. le parallèle Luc.21.5. Mais la scène qui le précède chez Jean est trop différente de celle que raconte Matthieu au ch. 23. Cette sortie du temple Jean.12.36, qui fut définitive, eut donc lieu un où deux jours plus tard que la sortie dont parle Matthieu. Cette manière de voir s'accorde d'ailleurs avec le sens des deux derniers versets de Luc ch. 21, qui ne permettent pas de supposer qu'après le discours eschatologique Jésus n'ait pas reparu dans le temple. Si donc nous plaçons l'entrée à Jérusalem le dimanche dans l'après-midi, la purification du temple le lundi (Marc), les questions captieuses proposées à Jésus le mardi et la prophétie sur la ruine de Jérusalem le soir de ce même jour, la scène du temple racontée Jean ch. 12 doit avoir eu lieu le mercredi ; après quoi Jésus passa le jeudi, son dernier jour libre, dans la retraite à Béthanie avec ses disciples. Ce calcul des jours nous paraît plus vraisemblable que ceux de Bleek et de Keim. Le premier fixant l'entrée du jour des Rameaux, au lundi, tous les événements suivants se trouvent par là placés un jour plus tard, et Jésus aurait ainsi passé encore le jeudi dans le temple ; mais que signifierait dans ce cas l'expression de Jean : il se cacha d'eux, qui suppose au moins un jour de retraite ? Keim, au contraire, statue deux jours de retraite, le mercredi et le jeudi. Mais ainsi les jours précédents se trouvent trop chargés.
Le récit de la Passion comprend :
- I. La préparation de la Passion (22.1-46).
- II. La Passion (22.47 à 23.46).
- III. Les faits qui suivirent la Passion (23.47-56).
I.
La préparation de la Passion.
(22.1-46)
Ce cycle renferme les trois faits suivants : Judas prépare la Passion en vendant Jésus (22.1-6) ; Jésus y prépare ses disciples dans son dernier repas (v. 7 à 38) ; il s'y prépare lui-même par la prière à Gethsémané (v. 39 à 46).
1. La trahison de Judas. (22.1-6)
Le parti du Sanhédrin était pris dès les jours qui suivirent la résurrection de Lazare (Jean.11.47-57) : Jésus devait mourir. La seule question pour les ennemis de Jésus était désormais celle du comment (τὸ πῶς, v. 2). Leur embarras provenait de la faveur extraordinaire dont jouissait Jésus auprès du peuple, particulièrement auprès des foules venues de la Galilée et du dehors ; les chefs craignaient un soulèvement populaire de la part de ces nombreux amis de Jésus, venus de loin avec lui et dont ils ne se sentaient pas maîtres autant que de la population de Jérusalem. Aussi, d'après Matthieu et Marc, disaient-ils dans leurs conciliabules : « Pas pendant la fête ; » ce qui peut signifier soit : avant, pendant que les foules ne sont pas encore complètement rassemblées ; soit plutôt : après, lorsqu'elles seront reparties et que l'on sera de nouveau maître du terrain ; comp. Act.12.4. Mais il convenait précisément au plan divin que Jésus mourût pendant la fête (ἐν τῇ ἑορτῇ) ; et la perfidie de Judas, ce moyen dont crurent pouvoir user les chefs pour atteindre leur but, fut celui dont Dieu se servit pour atteindre le sien.