D'après Marc.12.41-44, Jésus, probablement fatigué de la scène précédente, s'était assis. Dans le parvis des femmes se trouvaient, selon le Talmud (tr. Schekalim, VI, 1, 5, 13), treize troncs avec des orifices en forme de cors, d'où leur nom de שופרות. On les appelait γαζοφυλάκια, trésors. Ce nom au singulier désignait la localité tout entière où se trouvaient ces troncs sur lesquels étaient inscrite la destination des dons qui y étaient jetés (Jean.8.20 ; Josèphe, Antiq. XIX, 6, 1.) ; c'est peut-être le sens dans lequel ce mot est pris dans Marc (v. 41 : en face du trésor). Dans Luc il s'applique plutôt aux troncs eux-mêmes. - Λεπτόν, pite : la plus petite monnaie, probablement la huitième partie de l'as, qui valait 20 à 25 centimes. Deux λεπτά correspondent donc à peu près à 5 centimes. Bengel remarque avec finesse sur ce deux : dont elle eût pu retenir une des deux. Marc traduit cette expression en monnaie romaine : ce qui équivaut à un quadrans ; petit détail étranger à Luc et propre à nous éclairer sur le lieu où a été composé le second évangile. - Les paroles que Jésus adresse aux disciples, ont pour but de substituer dans leur esprit la vraie appréciation des actions humaines, d'après leur qualité morale, à l'appréciation quantitative qui fait le fond du pharisaïsme. C'est ce qu'exprime le : elle a mis plus au tronc ; et cela parce qu'avec ces deux pites, elle y avait mis son cœur. La leçon πλείω, admise par Tischendorf par la raison que πλεῖον peut être tiré de Marc, est insuffisamment appuyée. - La preuve est donnée v. 4 : « Car elle a mis de son déficit tout son avoir. » Ὑστέρημα, le déficit, désigne l'avoir de cette femme en tant qu'insuffisant pour son entretien. « Et de ce trop peu, de cet avoir qui en soi déjà était un déficit, elle n'a rien gardé. » Marc dit ὑστέρησις, mot qui désigne non l'avoir de cette femme comme insuffisant (ὑστέρημα), mais toute sa position comme un état de déficit permanent. Quel contraste avec l'avidité reprochée aux scribes et aux pharisiens, dans le morceau précédent ! Ce trait, dont Jésus est précisément témoin en ce moment, ressemble à une fleur qu'il voir surgir tout à coup au milieu du désert de la dévotion officielle, et dont la vue et le parfum le font tressaillir de joie. Un tel exemple est la justification des béatitudes (Luc.6.20), comme le discours précédent celle des οὐαί, malheur, dans le même passage (v. 24 et suiv.).
III.
Le discours sur la ruine de Jérusalem.
(21.5-38)
Ce morceau, l'un des plus importants de l'évangile, a ses parallèles dans les deux autres synoptiques (Matthieu ch. 24 et Marc ch. 13). Il comprend dans nos trois synoptiques trois parties :
- A. Un préambule qui retrace l'occasion du discours et la question des disciples qui y a donné lieu (Luc.21.5-7 ; Marc.13.1-4 ; Matthieu.24.1-3) ;
- B. La réponse de Jésus : la prophétie proprement dite (Luc.21.8-27 ; Marc.13.5-27 ; Matth.24.4-31) ;
- C. La conclusion : une exhortation à la vigilance avec quelques indications chronologiques (Luc.21.28-36 ; Marc.13.28-37 ; Matth.24.32-51).
Chacune de ces parties renferme les mêmes éléments, mais développés dans des proportions et avec des détails différents.
A. Versets 5 à 7. Le préambule.