Cette question de Jésus suffit pour les désarmer ; elle lui était pourtant dictée par la leur propre. Eux, les savants, les experts, qui prétendent juger de tout dans la théocratie, ils se récusent honteusement en face d'un fait aussi capital que celui de l'apparition de Jean ! - Il y a tout à la fois de l'indignation et du mépris dans le : et moi non plus, de Jésus (v. 8) : « Si vous vous déclarez incompétents pour juger du ministère de Jean, vous ne l'êtes pas moins pour juger du mien. » Mais lui, Jésus, il n'est pas incompétent pour les juger, et il va leur dire ce qu'ils sont aux yeux de Dieu : des prévaricateurs et des rebelles. Seulement c'est au peuple entier (πρὸς τὸν λαόν, v. 9) qu'il adresse cette solennelle protestation contre la conduite odieuse de ses chefs.
3. La parabole des vignerons. (20.9-19)
Cette parabole est précédée, dans Matthieu, de celle des deux fils. Si, comme Jésus le déclare lui-même (Matth.21.32), celle-ci s'applique à la conduite des chefs envers Jean-Baptiste, elle doit avoir été intercalée ici par Matthieu en raison de la relation d'idée qu'elle présentait avec l'interrogatoire qui venait d'avoir lieu. Quant à la parabole des vignerons, elle a certainement suivi immédiatement la scène précédente.
C'est, avec celle du semeur, la seule qui se trouve simultanément dans nos trois synoptiques (Matth.21.33 et suiv. ; Marc.12.1 et suiv.). Les trois comptes rendus diffèrent assez l'un de l'autre pour que nous ne puissions y voir que trois rédactions indépendantes, provenant de la tradition orale.
C'est le tableau le plus grandiose qu'ait tracé Jésus de tout le cours de l'histoire théocratique. Le vrai sens de cette histoire y est dévoilé de la manière la plus profonde. Depuis la fondation de l'ancienne alliance, à travers le ministère des prophètes, jusqu'à la venue de Jésus lui-même, son rejet et sa mort, jusqu'aux conséquences mêmes de cette mort non encore consommée, le rejet d'Israël et la translation du règne de Dieu des Juifs aux païens, - tout est là présenté sous les images les plus simples et avec la plus effrayante clarté. En même temps réponse est donnée à la question des chefs sur la source de son autorité. Il est le Fils, l'héritier, l'envoyé suprême de leur propre Maître. - La parabole des vignerons, d'après le v. 9, est adressée au peuple. C'est la condamnation solennelle de la conduite passée, présente et future de ses chefs. D'après Marc, cette déclaration serait adressée aux chefs eux-mêmes (αὐτοῖς, les ὑμῖν du verset précédent). Selon Weiss, elle proviendrait, dans nos trois rédactions, du Matthieu primitif dans lequel elle aurait été adressée au peuple, comme dans Luc. Le v. 43 de Matthieu serait la preuve de cette destination primitive : « Le royaume de Dieu vous sera ôté [à vous, Juifs], et sera donné à une nation qui en rendra les fruits. » Marc l'aurait détournée de son sens primitif en faisant des vignerons les autorités israélites, au lieu d'y voir, selon le sens primitif, les Juifs eux-mêmes ; et l'auteur de notre Matthieu canonique, ainsi que Luc, l'auraient suivi dans cette application. Mais dans les trois synoptiques le contexte exige, comme nous le verrons, l'application de l'image des vignerons aux autorités théocratiques, non à la nation juive tout entière.
La parabole décrit d'abord la position des chefs de la théocratie, puis leur conduite, enfin leur châtiment.
Verset 9[1]. La position des chefs :
Notes
[1] Marcion omettait v. 9 à 18.