Au point de vue rabbinique, d'après lequel la résurrection est le rétablissement du corps actuel et de toutes les conditions de l'existence terrestre, seulement dans un monde meilleur, la contradiction que faisaient ressortir les sadducéens se produisait réellement. Jésus résout sans peine la difficulté, en transportant, comme dans le cas précédent, la question dans un domaine supérieur, où elle tombe d'elle-même. Dans Marc et Matthieu, la réponse est précédée d'une admonition sévère sur la grossière ignorance spirituelle que suppose une telle question, soit quant à la pensée scripturaire en général, soit plus particulièrement quant à la puissance divine.
Les relations actuelles, déclare Jésus, ne peuvent être transportées dans le siècle à venir dont la vie sera d'une nature absolument différente de la vie du siècle présent. En parlant ainsi le Seigneur suppose que ce dernier durera jusqu'à la résurrection, ce qui semble contradictoire avec des passages tels que Gal.1.4, où les fidèles sont représentés comme déjà entrés dans le siècle futur, inauguré par la venue de Christ. Mais, d'après le N. T., le renouvellement opéré par Christ n'a lieu actuellement que dans la sphère de l'esprit. Au point de vue de l'existence corporelle, le siècle présent dure encore et durera jusqu'au retour de Christ où aura lieu la rénovation de toutes choses (Matth.19.28). Il est à remarquer qu'au v. 35 Jésus parle non de la résurrection des morts (de tous les morts), mais de la résurrection d'entre les morts, c'est-à-dire d'une certaine partie d'entre eux, ce qui s'accorde avec le passage 14.14 où il parlait de la résurrection des justes. Ceux qui ne participent pas au privilège de cette résurrection n'entrent pas dans le siècle à venir ; ils restent dans la mort jusqu'au jugement. Et en effet, dans la déclaration 11.31-32, Jésus décrit les Juifs infidèles se levant de leur tombeau au moment du jugement simultanément avec les païens dont l'exemple les condamne.
Versets 34 et 35. L'expression : les enfants de ce siècle, désigne tous les hommes au point de vue de leur existence naturelle. Les individus qui au v. 35 sont désignés comme οἱ καταξιωθέντες, ceux qui sont jugés dignes, ne sont qu'un certain nombre d'entre eux. En effet, la participation au siècle à venir repose sur des conditions morales que tous ne possèdent pas. De ce participe aoriste καταξιωθέντες, qui ont été jugés dignes, et de son opposition avec les présents qui suivent : ne se marient pas, ne sont pas donnés en mariage, ne peuvent pas mourir, sont fils de Dieu, M. Bruston croit pouvoir conclure Revue théol., 1885, II, p. 507) que l'entrée dans le siècle à venir est un fait permanent et actuel, correspondant à ce que nous appelons l'entrée dans le ciel pour les fidèles, à l'heure de leur mort, fait dans lequel le corps n'a aucun rôle à jouer. Ainsi les patriarches auraient déjà été des ressuscités au moment où Moïse s'exprimait sur leur compte comme il le fait dans la parole citée v. 38. Mais ni le participe aoriste, ni les présents qui suivent, ne renferment une idée semblable. Le moment désigné par le premier n'a rien d'absolu ; il est déterminé uniquement par la relation avec les verbes qui suivent ; et ceux-ci, quoique au présent, peuvent, parfaitement se rapporter à un fait à venir, comme cela arrive si souvent lorsque le présent exprime l'idée du fait ; ainsi quand Hérode demande : « Où naît le Christ ? » (Matth.2.4), c'est-à-dire : quel est le lieu de sa naissance, non dans ce moment, mais en général ? Ou quand Paul dit 1Cor.15.35 : « Avec quel corps reviennent les morts ? » (non pas maintenant, mais au jour de la résurrection). Ou quand les troupes disent (Jean.7.27) : « Quand le Christ vient, personne ne sait d'où il sort… » (c'est-à-dire à quelque moment qu'ait lieu cette venue). Il faut, dans le sens de M. Bruston, chercher à se défaire d'une manière quelconque de la déclaration si positive Jean.5.28-29 et de plus donner au mot ἀνάστασις, résurrection, un sens purement psychologique : le retour à la conscience du moi tôt après la mort, sens qui n'est point conforme à l'usage que l'Ecriture fait de ce terme. Le sens que prend le mot de résurrection dans les passages où il désigne la renaissance du fidèle à une nouvelle vie spirituelle, n'a aucun rapport avec celui qu'est obligé d'inventer ici M. Bruston.
Verset 36. Le car fait ressortir la relation nécessaire qu'il y a entre la cessation du mariage et celle de la mort. Le mariage ayant pour but de conserver l'espèce humaine à laquelle la mort ne tarderait pas à mettre fin, une fois que l'humanité est devenue immortelle par la résurrection, la relation conjugale prend fin. Les deux leçons οὔτε et οὐδέ, peuvent convenir. - Après la résurrection, on ne se marie plus, parce qu'on ne meurt plus, et, ajoute Jésus, on ne meurt plus parce qu'on est semblable aux anges (car). Cette similitude n'est cependant pas une identité ; car une nature ne saurait se transformer en une autre. D'après le contexte, la similitude porte avant tout sur l'absence de sexe chez les ressuscités, et par conséquent aussi chez les anges. Les mots suivants : fils de Dieu, font ressortir un second trait de ressemblance, qui est en relation étroite avec le premier : Les hommes sur la terre sont fils les uns des autres ; mais là chacun tiendra son corps nouveau de Dieu même, par une action divine immédiate, de même que chez les anges il n'y a pas de rapport de filiation ; c'est pourquoi aussi ils s'appellent tous bené Elohim, fils de Dieu. - Jésus ajoute comme explication : étant fils de la résurrection, en ce sens que la résurrection est l'opération, due à l'action de Dieu seul, par laquelle les fidèles reçoivent leur corps nouveau.
Mais ce n'est pas assez pour Jésus d'avoir triomphé de ses adversaires. Il sait qu'il a affaire à des gens qui sont plongés dans une grave erreur ; c'est pourquoi il ajoute à la réplique une parole d'instruction.
Versets 37 et 38[1]. L'enseignement :
Notes
[1] Marcion omettait ces deux versets.