A ce moment le récit prend une solennité particulière qui ressort encore mieux dans le récit de Marc. En face de cette résistance obstinée, le maître délibère avec lui-même, et prend une suprême résolution. - Par le terme de Fils, Jésus établit une différence profonde entre lui-même et les prophètes, simples serviteurs. Un fils a en lui le sang paternel. Et qu'on ne se dise pas que c'est uniquement en tant que Messie, appelé à la suprême charge théocratique, qu'il se désigne comme le Fils. On voit ici clairement que c'est au contraire en tant que Fils qu'il est envoyé pour remplir la fonction d'agent suprême. Ce titre contient la réponse qu'il n'avait pas voulu donner dans l'interrogatoire précédent. - Le moi ἴσως, également, signifie parfois peut-être, et ainsi l'entendent la plupart. Mais ce sens est trop faible dans ce contexte. Il faut entendre ce mot dans le sens de : pourtant, en tout cas, certainement (voir Passow). - Le ἴδοντες, l'ayant vu, omis par les alex., a été ou retranché sous l'influence des deux autres textes (Meyer), ou plutôt ajouté d'après le v. 15 (Weiss). - Sur le διαλογίζεσθαι, comp. 19.47-48. L'imparfait est descriptif. En mettant ces paroles dans leur bouche, Jésus tire au grand jour devant tout le peuple les calculs inavoués de ces chefs hypocrites et le motif réel de la haine dont ils le poursuivent. Ces hommes ont fait de la théocratie leur propriété (Jean.11.48 : notre lieu, notre peuple) ; et ce pouvoir, qu'ils ont exploité jusqu'ici à leur profit, ils ne peuvent se résoudre à le déposer entre les mains du Fils, qui vient le réclamer au nom de son Père. C'est surtout cette parole qui prouve que les vignerons représentent non le peuple, mais les chefs, et que le peuple est simplement la vigne.
Verset 15. Jésus raconte avec un sang-froid saisissant et comme un fait déjà accompli, le crime qu'ils se préparent à commettre sur sa personne ; c'est leur dire qu'il ne cherchera point, à leur échapper. L'acte de jeter le Fils hors de la vigne, qui précède le meurtre, comme dans Matthieu, représenterait-il l'excommunication déjà prononcée contre Jésus et ses adhérents (Jean.9.22) ? Il est plus simple de l'appliquer à l'usage de conduire le condamné hors de la ville sainte pour l'exécuter. Dans Marc, le meurtre précède ; puis le cadavre est jeté dehors et abandonné.
Matthieu place dans la bouche des adversaires une réponse à la question du v. 16 qui, si elle a été prononcée ainsi, ne peut être qu'ironique, dans ce sens : « Il les fera périr ; cela va de soi. Mais que nous importe ? Tout ton récit n'est qu'une fable. » Le silence qui suit la question dans Marc et Luc est plus solennel. Puis Jésus reprend la parole et répond lui-même à sa question en proclamant la destitution prochaine des autorités théocratiques.
Versets 16 à 18 : Le châtiment :