Siméon est venu, poussé par l'Esprit ; Anne demeure habituellement dans le temple. Siméon, après avoir vu, n'aspire qu'au départ ; Anne semble recouvrer une nouvelle jeunesse pour publier la venue du Messie. Chaque apparition a son caractère propre et original. On peut construire les v. 36 et 37 de deux manières. On peut prendre au v. 36 le verbe ἦν dans le sens de était là, aderat, et ponctuer à la fin de ce verset. Mais il faut dans ce cas sous-entendre le même verbe ἦν au v. 37, ce qui est peu naturel. Il vaut donc mieux réunir les deux versets en une seule proposition en prenant ἦν dans le sens de il y avait (il existait) et en voyant dans cette longue proposition la caractéristique complète de la vie et de la piété de cette femme. Puis, après que les v. 36 et 37 ont. ainsi indiqué son existence et décrit son caractère, le v. 38 raconte son arrivée et son intervention (ἐπιστᾶσα, étant survenue). Le sens de « était là » donné à ἦν, v. 36, par Meyer et d'autres serait sans doute possible philologiquement ; comp. Marc.8.1 (non Marc.15.40). Mais, comme nous l'avons vu, il anticiperait sur l'idée du v. 38.
L'indication du nom du père d'Anne et de sa tribu est remarquable. Elle suppose l'existence de registres généalogiques et l'exactitude minutieuse des renseignements sur lesquels l'auteur de ce récit l'avait composé ; à moins qu'on ne veuille l'accuser de charlatanisme, ce qui est en contradiction avec l'esprit sérieux de tout le récit. - Le αὕτη est apposition explicative du sujet. - Sur l'hébraïsme προβεβηκυῖα ἐν ἡμέραις, voir 1.7 ; le πολλαῖς accroît ici l'étrangeté et l'énergie de cette locution. Cette accumulation de termes est certainement destinée à exprimer l'idée d'une longévité tout à fait extraordinaire. - Les détails suivants concernent le caractère moral et religieux de Anne. Les veuves qui avaient vécu sans se remarier étaient en grand honneur dans l'antiquité. Et c'était d'autant plus le cas pour Anne que son mariage avait été plus court, et son veuvage plus prolongé. - Le participe ζήσασα s'appuie sur le pronom αὕτη : « étant très avancée…, après avoir vécu… »
Verset 37. Ce second αὕτη a la même fonction que le précédent (καί). - La question est de savoir si les quatre-vingt-quatre ans se rapportent à la durée du veuvage d'Anne ou à celle de sa vie. Presque tous les interprètes pensent qu'il s'agit du temps de sa vie. Mais dans ce cas cette date n'ajoute absolument rien à l'expression précédente προβεβηκυῖα ἐν ἡμέραις πολλαῖς (voir Hofmann). Et à quoi bon un calcul aussi détaillé, comme s'il s'agissait d'un cas tout à fait exceptionnel ? Une octogénaire était-elle chose si rare en Israël ? Il s'agit donc certainement de la durée de son veuvage. Elle pouvait s'être, mariée à quinze ou seize ans ; elle avait, maintenant environ cent six ans, ce qui justifie les expressions si fortes du v. 36. - Le ἕως, jusqu'à, des alex., est évidemment préférable à la leçon ὡς, environ, des byz., qui n'eût convenu que s'il se fût agi d'un nombre rond comme 80 ou 100.
Comme le ζήσασα détermine le premier αὕτη, (v. 36) et décrit le passé d'Anne, le ἣ οὐκ ἀφίστατο détermine le second αὕτη et rend compte de son présent. Venait-elle au temple chaque matin de bonne heure pour en repartir le soir tard, ou bien y demeurait-elle même la nuit, établissant son pauvre grabat dans quelque coin du parvis ? Quoi qu'en disent les interprètes, le seul sens naturel est le second (voir Bleek et Keil).
Verset 38. Le καί, aussi, porte sur le verbe louait et rattache la louange d'Anne à celle de Siméon ; αὕτη : cette femme ainsi qualifiée (v. 36 et 37). Ce αὕτη, comme souvent οὕτος (voir Jean.1.3, par ex.), reprend et comprend tout le contenu de la caractéristique précédente. - Il me paraît évident que le second αυτη (à accentuer αὐτῇ, la même) n'est pas moins nécessaire que le premier et qu'il faut une forte mesure de parti-pris pour donner, comme la plupart des modernes, la préférence au texte alexandrin qui retranche soit l'un, soit l'autre de ces deux αυτη. De plus n'est-il pas plus probable que les copistes aient omis l'un, en le confondant avec l'autre, que de ce qu'on en ait arbitrairement ajouté un second ? Voir Bleek et Hofmann.
Le ἀντί dans ἀνθωμολογεῖτο ne se rapporte-t-il point à l'espèce d'antiphonie qui s'établit entre la louange d'Anne et celle de Siméon ? Sans doute dans les LXX ce verbe composé est employé pour traduire hodah (Ps.79.13), et ἀντί exprime simplement dans ce cas la notion de rémunération qui est inhérente à celle d'action de grâces. Mais ici le contexte conduit si naturellement au premier sens ! - Weiss pense que le τῶ κυρίῳ des byz. a été substitué au τῷ θεῷ des alex., sous l'influence du αὐτοῦ qui suit, car ce pronom se rapporte évidemment à Jésus. En tout cas, si même on lisait, τῷ κυρίῳ avec le T. R., on ne pourrait appliquer ici ce terme de Seigneur qu'à Dieu. - Le ἐλάλει, elle parlait, ne se rapporte point seulement à ce qu'elle faisait en ce moment, mais à ses entretiens habituels. - Si on lit ἐν devant Ἰερουσαλήμ, avec le T. R. et les byz., ce régime dépend naturellement de τοῖς προσδεχομένοις : « ceux qui à Jérusalem attendaient la délivrance. » Si on retranche le ἐν avec les alex., le sens est : « ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem. » La capitale serait prise pour le pays tout entier, comme Es.40.2. C'est là en effet que se fait surtout sentir l'état d'oppression ou de prospérité de tout le pays. Mais le ἐν n'a-t-il point été omis parce que l'on ne saisissait pas à première vue le rapport du ἐν Ἰερουσαλήμ avec le τοῖς προσδεχομένοις ? Hofmann en est si persuadé qu'il va jusqu'à dire de la leçon alex. « qu'elle ne mérite pas la moindre considération. » - Le peuple était partagé en trois partis : les pharisiens qui attendaient un triomphe uniquement politique, les sadducéens qui n'attendaient rien, et ceux qui attendaient la consolation (v. 25) ou la délivrance, l'affranchissement à la fois spirituel et temporel, comme Zacharie (1.74). C'est auprès de ces derniers qu'Anne remplissait dans le temple son ministère d'évangéliste. Si Luc eût cherché les occasions d'exercer sa muse, pourquoi ne pas mettre aussi un cantique particulier dans la bouche de la vieille prophétesse ?
La lumière apparue vient de répandre ses premiers rayons sur la Terre-Sainte : dans la contrée de Bethléem, par les récits des bergers ; dans la capitale, par le ministère d'Anne et de Siméon. Tout à coup cette lumière semble s'évanouir ; elle disparaît pour un temps dans l'obscurité et le silence de Nazareth.
Versets 39 et 40 : Le retour à Nazareth.