On pense ordinairement que c'est dans une intention dogmatique que les documents byzantins ont remplacé le mot son père par le nom Joseph. Mais pourquoi n'auraient-ils pas fait la même chose au v. 41 ? Cependant la leçon ὁ πατήρ reste la plus probable. - Strauss trouve étrange l'étonnement de Joseph et de Marie : ne savaient-ils pas déjà tout cela ? Mais, d'abord, ce que vient de dire Siméon du rôle de l'enfant par rapport aux païens dépasse tout ce qui leur avait été dit jusqu'alors. Et puis n'y avait-il pas de quoi s'étonner de voir un homme absolument inconnu, tel que Siméon, s'exprimer sur cet enfant comme étant initié au secret de sa haute destinée ?
Verset 34. Le αὐτούς, les, se rapporte uniquement aux parents ; l'enfant est expressément distingué d'eux (οὗτος, celui-ci). Siméon a terminé ce qui concernait Jésus. S'il s'adresse spécialement à Marie, c'est peut-être qu'il a discerné le lien plus particulier qui l'unit à l'enfant ; ou serait-ce simplement à cause de la relation plus intime qui existe en général entre la vie de la mère et celle des fils ? - Le ἰδού, voici, annonce la révélation d'une vérité inattendue. Esaïe.8.14, avait représenté le Messie comme un roc auquel se heurteront les rebelles, ce qui déterminera leur chute complète, et, Es.28.16, comme une pierre solide, sur laquelle s'appuieront les fidèles, ce qui déterminera leur relèvement. Siméon emploie ici la même image, sans doute en l'empruntant au prophète. L'apparition du Christ a réellement partagé et partage encore l'humanité en deux camps ; comp. Jean.3.19-21. L'expression κεῖται εἰς, est mis là pour, rappelle que ce double résultat est prévu et voulu de Dieu. Ce triage qu'opérera l'apparition du Messie est un fait nécessaire. - Le terme de signe indique un phénomène frappant dans lequel se manifestera la pensée divine et que nul ne pourra ignorer. Le ἀντιλεγόμενον peut signifier : un signe à l'occasion et autour duquel il s'élèvera une contestation entre ceux qui prendront parti pour lui et ceux qui se déclareront contre lui ; ou bien un signe contre lequel s'élèvera de la part de plusieurs une contradiction violente. Le premier sens conduirait à une tautologie avec la propos, précédente. Dans le second, cette parole reprend uniquement l'idée du second terme précédent, et forme la transition naturelle à la déclaration suivante sur la douleur qui attend Marie.
Verset 35. Le δέ du T. R., omis par les alex., convient parfaitement au contexte ; il indique la gradation, des luttes douloureuses qui attendent cet enfant, aux souffrances poignantes qui en résulteront pour Marie elle-même. Siméon pense sans doute au tableau du serviteur de Jéhova, souffrant par et pour son peuple, Es.53, et à des paroles comme celle de Zacharie.12.10 : « Ils regarderont à moi qu'ils ont percé. » Au pied de la croix Marie se sera souvenue de ce glas funèbre qui avait retenti à son oreille dans le parvis du temple. Bleek et Reuss, d'après Origène, croient que Siméon pense plutôt aux doutes qui déchireront le cœur de Marie quand elle sentira la contradiction envers son fils atteindre son propre cœur. Mais l'image de l'épée convient mieux à une douleur subite et violente comme celle du spectacle de la croix. Le mot ψυχη, âme, est employé ici à bon droit ; il s'agit des émotions naturelles résultant de l'amour maternel.
Il me paraît difficile de lier naturellement le ὅπως, afin que, qui suit, à cette parole qui concerne personnellement Marie. Il faut plutôt faire porter cette conjonction sur κεῖται, est mis là, du v. 34, avec toutes ses dépendances auxquelles appartient aussi la douleur de Marie. Il n'est donc point nécessaire de faire de cette dernière proposition, relative à Marie une parenthèse. Le κεῖται εἰς… indiquait une dispensation divine, qui devait aboutir à un triage et à une lutte. C'est le but final de ce triage et de cette lutte qu'indique le ὅπως. Les pensées secrètes des cœurs doivent nécessairement venir au jour (12.2), et l'apparition de Christ en Israël est le moyen de cette manifestation. Siméon connaissait bien son Ancien Testament, comme nous venons de le voir. Et il connaissait aussi son peuple. Son regard avait pénétré à travers le voile de la dévotion pharisaïque ; il avait, sondé ce fond d'orgueil, de recherche de la gloire humaine, d'amour de la richesse, toute cette hypocrisie enfin, que Jésus a si sévèrement stigmatisés plus tard. On sent bien qu'il en sait plus sur ce point qu'il n'en veut dire en ce moment et en ce lieu. - Le ἄν indique sans doute que cette manifestation des secrètes pensées aura lieu chaque fois que l'occasion s'en présentera dans le contact avec le Seigneur. - Le mot διαλογισμοί est toujours pris dans le N. T. dans un sens fâcheux. Il indique les produits d'un esprit travaillant au service du cœur gâté. Le mot πονηροί ajouté à διαλογισμοί par le Sinaït. est donc superflu. - On peut faire de πολλῶν l'adjectif de καρδιῶν, « de plusieurs cœurs ; » mais peut-être vaut-il mieux en faire un substantif complément de καρδιῶν : « des cœurs de plusieurs ; » comp. Rom.5.16 où ces deux constructions sont aussi possibles.
Verset 36-38 : Arrivée d'Anne.
A Siméon succède un second témoin de la destination glorieuse de l'enfant, un nouveau représentant de cette élite formée en Israël par l'éducation de la loi et de la prophétie, et qui est devenue le noyau du peuple messianique.