Le génitif στρατιᾶς, de l'armée, est partitif : un groupe faisant partie de cette multitude céleste qui forme l'armée de l'Eternel ; comp. Jos.5.15.
Verset 14. Il y a deux manières principales de construire cet hymne. On peut le diviser en deux ou en trois propositions, et cette différence de construction se lie à une différence de leçon, selon qu'on lit. avec les byz. εὐδοκία ou avec les alex. εὐδοκίας. Si on lit le génitif εἰδοκίας, il n'y a que deux propositions : « Au ciel, gloire à Dieu ! Sur la terre, paix aux hommes [objets] de la bonne volonté [divine]. » Si on lit le nominatif εὐδοκία, il y a trois propositions : « Gloire à Dieu dans le ciel ! Paix sur la terre ! Bienveillance divine sur les hommes. »
La plupart des interprètes modernes (Oosterzée, Hofmann, Keil font exception) admettent la première construction. Ce qui les détermine, c'est : 1o leur préférence générale pour les leçons alexandrines ; 2o la corrélation entre les trois termes des deux propositions parallèles : paix et gloire ; la terre et les lieux très hauts ; Dieu et les hommes de bonne volonté. Mais le premier de ces deux motifs n'existe pas pour ceux que l'expérience a convaincus des fréquentes erreurs du texte alexandrin. Hofmann est de ce nombre ; il s'exprime ainsi : « Que la leçon ἐυδοκίας soit le mieux appuyée, c'est ce qu'on ne peut pas dire. » En effet ἐυδοκία se lit dans 15 Mjj., parmi lesquels L et Ξ, et dans la version copte, documents qui marchent ordinairement avec les alexandrins. Hofmann dit : « Les raisons internes parlent pour εὐδοκία. » C'est également mon sentiment. Que peut en effet signifier cette expression ἄνθρωποι εὐδοκίας, « les hommes de bonne volonté ? » Des hommes animés eux-mêmes de bonne volonté, c'est-à-dire inspirés par l'amour du bien ? Ce sens est opposé à l'esprit du contexte où c'est Dieu seul qui doit être loué et sa miséricorde glorifiée. Il faut donc entendre : des hommes objets de la bonne volonté divine. Mais quand les substantifs ἄνθρωπος et ἀνήρ sont joints de cette manière à un génitif, le complément indique toujours une qualité de cet homme lui-même. Ainsi ἀνὴρ ἐλέους, homme de miséricorde, Sirach.44.10, quoiqu'on l'ait traduit : un homme objet de la miséricorde, ne peut signifier, d'après le contexte, que : un homme miséricordieux[1]. Dans l'expression ἄνθρωπος ἁμαρτίας, 2Thess.2.3, le complément est bien certainement un génitif de qualité. On ne peut accorder la moindre valeur aux exemples tirés des expressions υἱὸς ou τέκνον ἀπωλείας, ὀργῆς, ἀγάπης, etc. Car dans ces cas intervient un élément tout différent : la notion de filialité ou de dépendance qui est renfermée dans les substantifs τέκνον ou υἱός. De plus, ce serait un pléonasme assez choquant, dans un hymne aussi concis, que ces deux expressions synonymes juxtaposées : sur la terre, et dans les hommes. Les mêmes raisons s'opposent, en partie, à la division adoptée par Olshausen : « Gloire à Dieu dans les lieux très hauts et sur la terre ! Paix sur les hommes de bonne volonté. »
Nous sommes donc ramenés à la leçon du T. R., des byzantins et de la Peschito. L'hymne se compose de trois propositions, qui peuvent se prendre soit comme vœux, soit comme affirmations : « Gloire soit…, » ou : « Gloire est… » Pour les deux premières propositions la forme du vœu me paraît plus naturelle, quoi qu'en dise Keil ; la troisième, au contraire, est une affirmation énonçant le fait sur lequel reposent les deux exclamations précédentes. Dans la première : Gloire soit à Dieu dans les lieux très hauts, les anges descendus sur la terre demandent qu'au-dessus d'eux, et de ciel en ciel jusqu'au trône de Dieu, les esprits bienheureux dont ils ne sont qu'une faible partie, entonnent un cantique de louange à l'honneur des perfections divines qui éclatent dans le don merveilleux accordé à l'humanité. - La seconde : Paix sur la terre, est le complément de la première. Les anges demandent que sur cette terre troublée par le péché et agitée par tant de luttes, descende enfin la paix divine dont ils jouissent eux-mêmes et qui doit résulter de la réconciliation due à cette naissance. - Enfin la troisième proposition est la justification des deux vœux précédents. C'est ici la raison de la louange qui doit être rendue à Dieu dans les cieux et de la paix qui doit désormais régner sur la terre : Dieu a manifesté avec éclat la bienveillance particulière qu'il a pour les hommes. Le sens de ces derniers mots est : « Car Dieu se complaît dans les hommes ; » c'est le chaphets be de l'A. T. On comprend que les deux premières propositions soient liées par καί, et, si ce sont deux vœux parallèles, et que la troisième suive comme asyndeton, si c'est une affirmation. Le εὐδοκία, bonne volonté, justifie la première proposition : Gloire à Dieu ! et le ἐν ἀνθρώποις, envers les hommes, justifie la seconde : Paix sur la terre ! En parlant ainsi, les anges semblent dire : « Dieu ne nous en a pas fait autant ! Il n'a pas uni son Fils à notre race » (Hébr.2.16). - Pour le terme εὐδοκία, comp. Eph.1.5 et Phil.2.13. Ici, comme ailleurs, la bienveillance divine envers les hommes est présentée, non comme l'effet, mais comme la cause du salut des hommes.
Versets 15 à 20 : La visite des bergers.
Notes
[1] On a allégué l'expression de l'A. T. anesché ratson ; mais je ne l'ai trouvée nulle part dans l'A. T.