Nous connaissons exactement la situation du hameau de Béthanie, nommé aujourd'hui el-Azirieh. Il est situé sur le versant oriental de la montagne des Oliviers, du côté opposé à Jérusalem, à quarante minutes de cette ville. Le nom de Béthanie peut signifier : « endroit de pauvreté » (beth anijah), ou ce endroit des dattes » (beth chinné), ou, comme le suppose Caspari[1], « endroit des boutiques » (beth chani), parce que ce serait là qu'aurait commence l'espèce de bazar établi autour de la ville pendant les fêtes. - Bethphagé, dont le nom signifie « endroit des figues, » ne nous est connue que par le Talmud, qui en parle fréquemment comme d'une localité située à l'est, des murs de Jérusalem et appartenant à la banlieue de la ville. « Bien que Bethphagé soit hors des murs, est-il dit (Bab. Pesachim, Menachoth, Siphri, etc.), comme elle est immédiatement appuyée à la montagne sainte, le pain qui y est préparé est saint[2]. » C'est tout ce que nous savons de cet endroit. Il résulte de là que Bethphagé était en tout cas plus rapprochée de Jérusalem que Béthanie. L'expression de Luc paraît impliquer le contraire. Elle n'est guère explicable que si l'on admet avec Lightfoot, Renan, Caspari, que le nom de Bethphagé désignait non pas un village, comme Béthanie, mais la banlieue tout entière du côté de la montagne des Oliviers, tout ce district étant envisagé comme consacré pour pouvoir servir, comme la ville sainte elle-même, à l'habitation des centaines de milliers de pèlerins qui affluaient pendant les fêtes. Dans ce cas Béthanie désignerait le premier endroit de ce district sacré. Si l'on ne croit pas pouvoir admettre cette explication, il faut voir dans Bethphagé le nom du bourg où Jésus fit chercher l'ânon, et envisager la mention de Béthanie comme une explication ajoutée en vue de lecteurs auxquels le nom de Bethphagé était encore inconnu. Dans tous les cas, il résulte du récit de Jean que l'envoi des disciples pour chercher l'ânon eut lieu entre Béthanie et Jérusalem (Jean.12.12). Chez Marc (Marc.11.1), la leçon est douteuse. Malgré la grande majorité des Mjj., il est possible que cet évangéliste n'ait parlé que de Béthanie ; le nom de Bethphagé serait une glose ajoutée d'après Matthieu et Luc. Que si on veut lire avec le T. R. : « Lorsqu'il approcha de Jérusalem, de Bethphagé et de Béthanie, » il faut admettre que Marc pose d'abord le point le plus éloigné qui est le but, et qu'il revient ensuite en arrière par degrés jusqu'à l'endroit où sont censés se trouver les arrivants au moment dont il est question. Chez Matthieu.21.1, tout est simple et clair : « Quand ils approchèrent de Jérusalem et qu'ils arrivèrent à Bethphagé, il envoya. » - Le mot ελαιων ne peut être ici que nominatif singulier (ἐλαιών, bois d'olivier), comme 21.37 ; Act.1.12 et dans Josèphe (Antiq. VII, 9, 2). Quand Luc l'emploie comme génitif pluriel (ἐλαιῶν), il met l'article (τῶν) ; comp. v. 37 ; 22.39.
L'envoi des deux disciples témoigne de l'intention réfléchie de Jésus de donner à cette scène une solennité particulière. Jusqu'alors il s'était soustrait aux hommages populaires ; mais une fois au moins il voulait être proclamé roi-Messie au milieu de son peuple (v. 40). C'était ici le moment de la manifestation impatiemment réclamée par ses frères (Jean.7.3-4). Ce devait être aussi un dernier appel adressé à la population de Jérusalem (v. 42). Cette manière d'agir n'avait plus rien de compromettant, pour son œuvre, car il savait bien que sa vie touchait à sa fin (13.32-33). Il laisse donc un libre cours à l'enthousiasme de la multitude ; il provoque même la manifestation qui va suivre, tout en donnant à celle-ci la forme la plus pacifique et la plus humble. - Pierre était sans doute l'un des deux disciples ; cela explique, les détails minutieux et pittoresques qui distinguent le récit de Marc. Jean dit simplement que Jésus trouva l'ânon (Jean.12.14). C'est une expression sommaire qui résume le récit synoptique. En effet les mots suivants du récit de Jean : « ils se rappelèrent qu'ils lui avaient fait ces choses » (v. 16), font allusion à un « faire » des disciples non mentionné dans ce récit et qui ne peut être que celui qui leur est attribué dans la narration synoptique. - Le bourg situé vis-à-vis, d'après Weiss, serait Béthanie ; rien ne l'indique dans le texte. A moitié chemin entre Béthanie et Jérusalem, après que la route a tourné le pied de la montagne des Oliviers, se trouve un pli de terrain assez enfoncé dans le versant de la montagne et qui fait faire à la route un circuit de quelques minutes. Cette circonstance explique bien le κατέναντι, en face de On a découvert récemment près de cet endroit des fondements de maison et des restes de citerne qui supposent d'anciennes demeures dans cette localité maintenant inhabitée. - Ce trait : sur lequel personne n'était jamais monté, appartient au décorum de la situation. La destination particulièrement sainte d'un objet exige qu'il n'ait point servi à un usage profane (Nomb.19.2 ; Deut.21.3). Matthieu fait mention non seulement du poulain, mais aussi de l'ânesse. Accompagné de sa mère, l'animal non dressé devait marcher plus tranquillement. Que penser des critiques, tels que Strauss et Volkmar, qui prétendent que, d'après le texte de Matthieu, Jésus aurait monté les deux animaux à la fois !
Verset 31. Les derniers mots de ce verset supposent que Jésus était déjà connu de ces gens, mais nullement qu'il se fût d'avance arrangé avec eux. C'est un indice à ajouter à ceux qui témoignent des séjours antérieurs de Jésus à Jérusalem. Ce trait démontre également le savoir prophétique de Jésus, qu'il ne faut point confondre avec la toute-science ; comp. 22.10,31-34 ; Jean.1.49 ; 4.17, etc. - D'après Marc, qui aime à peindre les détails, le poulain était attaché à une porte dans un carrefour (ἄμφοδος). C'était sans doute l'endroit où, de la grande route, se détachait le sentier qui conduisait à la maison des maîtres de l'ânon.
Notes
[1] Chronologisch-geographische Einleitung in dits Leben Jesu, 1869. p. 163.
[2] Caspari, Ibid. p. 162.