Ce verset est à la fois la conclusion du récit de voyage commencé 9.51, et la transition au morceau suivant, l'arrivée à Jérusalem. Il n'a de sens qu'autant que toute la partie précédente a été, comme nous l'avons comprise, le récit d'un voyage suivi, qui arrive maintenant à son terme. Le mot ἕμπροσθεν a été compris par plusieurs, depuis Erasme et Weizsæcker, dans le sens de en avant : « Il continuait sa route avançant vers Jérusalem. » Hofmann allègue Cyrop. IV, 2, 23, mais pas un seul exemple tiré du N. T. ou des LXX. Ce sens est d'ailleurs assez oiseux. Pour exprimer cette idée, ἐπορεύεστο ἀναβαίνων eût pleinement suffi. Il faut donc prendre ἔμπροσθεν dans le sens où nous le trouvons au v. 4 et Jean.1.15,27 ; 3.28 ; 10.4 : « Il marchait devant ou en tête de ses disciples. » Il y a là un souvenir traditionnel qui se retrouve sous une forme plus accentuée encore Marc.10.32 : « Et il les précédait (ἦν προάγων αὐτούς) et ils s'étonnaient tout en le suivant et ils étaient pleins de crainte. » Comp. aussi Jean.11.8 et surtout Jean.11.16 où Thomas dit : « Montons aussi pour mourir avec lui. » - Les expressions de notre verset rappellent 9.51 : « Et lui, il affermit sa face pour se rendre à Jérusalem. » La distance de Jéricho à Jérusalem est de sept lieues environ. - Jésus a maintenant parcouru les contrées de la Galilée méridionale et de plus la Pérée. Ainsi a été complété son travail. L'enthousiasme de ses adhérents Galiléens est à son comble ; la rupture avec le parti dominant est consommée. Le laisser vivre pour le Sanhédrin, ce serait abdiquer. Son temps est venu. Monter à Jérusalem, c'est mourir ; Jésus le sait ; il obéit sans trembler à la volonté de son Père.
CINQUIÈME PARTIE :
Le séjour à Jérusalem
19.29 à 21.38
Cette partie renferme trois faits principaux :
- I. L'entrée de Jésus à Jérusalem (19.29 à 44) ;
- II. Les jours de sa souveraineté messianique dans le temple (19.45 à 21.4) ;
- III. L'annonce de la ruine de Jérusalem et du peuple juif (21.5 à 38).
Une relation existe entre ces trois faits, et elle est facile à saisir : Le premier est le suprême appel de Jésus à son peuple ; au second se rattache le refus décisif qu'Israël oppose à cet appel ; le troisième est comme le prononcé de la sentence, à la suite de ce refus.
I.
L'entrée de Jésus à Jérusalem.
(19.29-44)
D'après Luc et les deux autres synoptiques, Jésus semble avoir accompagné la caravane des pèlerins de Jéricho jusqu'à Jérusalem et fait son entrée dans la capitale le jour même de ce voyage. Jean est plus précis. Il nous apprend que Jésus s'arrêta à Béthanie, où un repas lui fut offert par les habitants du lieu (12.1-8). Le gros des pèlerins continua jusqu'à la capitale et y répandit le bruit de l'arrivée de Jésus à Béthanie. Ce fut cette circonstance qui le lendemain engagea une foule de visiteurs à venir dans ce hameau pour voir Jésus et aussi Lazare, que l'on disait avoir été ressuscité par lui (Jean.12.9-12). Ces détails rendent seuls parfaitement claire la scène du jour des Rameaux retracée dans nos quatre récits. Cette scène comprend
- les préparatifs de l'entrée (v. 29 à 36) ;
- la joie des disciples et de la foule en arrivant en vue de la ville sainte (v. 37 à 40) ;
- les larmes de Jésus en ce même moment (v. 41 à 44).
1. Les préparatifs de l'entrée.(19.28-36)