Le τούτους des alex., qui est sans doute la vraie leçon, désigne ces ennemis comme présents dans la pensée de celui qui parle et de ceux qui écoulent (Weiss). - Le terme κατασφάζειν, égorger, réunit en une seule intuition la destruction temporelle et, la condamnation éternelle. Sans doute le premier de ces jugements a eu lieu longtemps avant la Parousie ; mais la ruine de Jérusalem est souvent présentée comme le premier acte de la Parousie elle-même (Matth.10.23) ; puis il reste toujours une différence entre la parabole et la réalité.
Cette parabole de Luc a de grands rapports avec celle des talents, dans le premier évangile : Des deux parts un maître qui s'absente, qui durant ce temps met à l'épreuve la fidélité de ses serviteurs en leur confiant de l'argent à faire valoir, et qui à son retour constate la fidélité des uns et l'infidélité des autres. Mais à côté de ces traits communs, il y a aussi de grandes différences :
- Le maître dans Luc est un riche particulier qui va recevoir d'un suzerain éloigné la couronne royale, tandis que le maître chez Matthieu est et reste un homme privé.
- Le maître dans Matthieu partage entre ses serviteurs tout son bien, - de là la grandeur des sommes, - tandis que chez Luc il ne leur livre qu'une petite partie de son avoir.
- Cette différence tient à ce que chacun se propose un but différent. L'un, celui dont parle Matthieu, veut simplement faire valoir son argent et augmenter sa fortune ; celui dont parle Luc, a pour but d'éprouver la fidélité et la capacité de ses serviteurs afin de leur assigner dans son futur royaume des postes proportionnés aux résultats de leur travail.
- Les modes d'épreuve et les résultats diffèrent. Dans Luc. même somme confiée à tous les serviteurs, mais résultats tout à fait divers ; dans Matthieu les sommes confiées diffèrent, et les résultats sont proportionnés aux sommes confiées.
- Le serviteur infidèle dans Matthieu reçoit un châtiment sévère, tandis que chez Luc il est tout simplement privé de l'argent confié et de tout poste dans l'administration du royaume.
- Il n'est pas question dans la parabole de Matthieu des ennemis qui travaillent contre le maître et qu'il châtie.
Toutes ces différences particulières sont en rapport avec l'idée dominante de chacun des deux tableaux. Chez Matthieu, cette idée est que les serviteurs moins doués ne doivent pas s'irriter ou se décourager à la vue de frères plus richement dotés spirituellement. L'activité de chacun sera appréciée d'après la mesure des dons spirituels qui lui avaient été départis. Chez Luc, l'idée est que l'économie de gloire ne peut venir qu'à la suite d'une économie d'épreuve, parce que chaque croyant doit déterminer lui-même la part qu'il aura à ta royauté du Seigneur par la manière dont il aura fait fructifier la grâce du salut qui lui avait été accordée. Aussi tandis que les talents, dans Matthieu, représentent les dons spirituels dont la grandeur diffère selon la capacité naturelle de chacun, les mines, chez Luc, représentent le salut lui-même avec la mission de le propager, grâce et tâche qui en un certain sens sont les mêmes pour tous.
Il y a des opinions fort diverses sur le rapport entre ces deux paraboles. D'après la plupart, à la base de toutes les deux, il y en a primitivement une seule ; seulement, d'après les uns, la parabole primitive aurait été conservée plus exactement par Luc ; ainsi Calvin, Olshausen, Holtzmann. Ce dernier estime que l'auteur de notre Matthieu canonique, en éloignant du tableau de Luc tous les traits relatifs aux sujets rebelles, a réussi par là à donner au tableau la belle harmonie qu'il présente chez lui. D'après d'autres (Strauss, Meyer, Bleek, Ewald, Weiss, Reuss), au contraire, la parabole primitive aurait été conservée exactement par Matthieu d'après les Logia, et Luc l'aurait modifiée pour l'approprier à la situation indiquée par lui (v. 11) ou parce qu'il l'a fondue avec une autre (celle des vignerons, d'après Strauss) dont l'idée dominante était l'opposition du peuple juif aux prétentions messianiques de Jésus (Meyer, Ewald, Bleek, Weiss). - Il est difficile d'admettre avec Holtzmann que la forme plus simple de Matthieu soit provenue du tableau de Luc, composé d'éléments plus divers ; d'autre part, il faut bien reconnaître avec lui, contre Weiss que l'originalité de la forme de Luc est garantie par l'allusion aux circonstances politiques de l'époque des Hérodes. Ces faits ne permettent pas d'admettre que l'une des deux formes soit un remaniement de l'autre. Cette supposition est d'ailleurs exclue par la différence fondamentale entre les deux idées inspiratrices de l'une et de l'autre et par toutes les différences secondaires qui en découlent et à l'égard desquelles nous avons cité le jugement de Beyschlag (I, p. 59 et 60). Il ne reste donc qu'à admettre, avec Schleiermacher, Keil, Gœbel, que Jésus a réellement prononcé deux paraboles destinées à illustrer deux pensées différentes au moyen d'images tirées du rapport entre un maître et ses serviteurs. Dans l'une des deux, celle de Luc, dans laquelle il se représentait lui-même comme le souverain du futur royaume messianique, il a tout naturellement introduit, à côté de la relation avec ses serviteurs, les allusions au peuple rebelle. Un seul trait, le dialogue entre le maître et le serviteur infidèle, presque identique dans les deux tableaux, pourrait bien avoir été importé de l'une dans l'autre, et, dans ce cas, évidemment de celle de Matthieu (où ce trait est essentiel à l'idée) dans celle de Luc.
Verset 28. Conclusion historique.