Dans les quatre autres cas où le verbe δικαιοῦν, justifier, se retrouve dans notre évangile (8.29,35 ; 10.2,9 ; 16.15), il signifie évidemment déclarer juste et non rendre juste. Il en est de même ici où cet acte divin est la réponse au ἱλάσθητι, sois apaisé, du péager et fait contraste avec le : se confier en sa justice propre, du pharisien (v. 1). Il est faux d'appeler paulinien cet emploi du mot δικαιοῦν ; il est déjà en usage dans l'A. T. ; comp. Es.50.8 ; 53.11 ; Ps.143.2 ; et cela sur le fondement du λογισθῆναι εἰς δικαιοσύνην, relatif à Abraham (Gen.15.6). - Dans la leçon reçue ἢ ἐκεῖνος, que celui-ci, le ἤ dépendrait d'un μᾶλλον, plutôt, sous-entendu ; mais cette leçon n'a pour elle que quelques minuscules. Dans celle des Mjj. byz. ἢ γὰρ ἐκεῖνος s'explique de même ; le γάρ ne peut se comprendre qu'au moyen d'une interrogation sous-entendue : « plutôt que l'autre : car (celui-ci) pourrait-il même l'être ? » c'est-à-dire justifié. Dans la leçon alex. παρ’ ἐκεῖνος, le régime à l'accusatif désigne l'objet à côté duquel l'acte de justifier passe sans le toucher. Si cette leçon est la vraie, comme le pensent la plupart des modernes, on se demande d'où vient le ἤ, dans les deux autres, tandis que le παρ’ des alex. a facilement pu provenir du γάρ des byz. ; c'est ce que Tischendorf a bien compris. Du reste la leçon byz. laisse indécise la question de savoir si le pharisien a ou non une part à la justification ; la leçon alex. la tranche négativement. Le Seigneur aime à terminer ses paraboles par des axiomes dans lesquels il formule les lois fondamentales de la vie morale : Dieu écrasera toute élévation propre ; mais il s'inclinera avec amour vers toute humiliation sincère. Rien n'empêche que cette maxime n'ait été répétée en différentes occasions (14.11).
Assurément, si le but de Luc a été de montrer dans le ministère de Jésus les bases historiques de renseignement de saint Paul, ce morceau répond tout particulièrement à cette intention. Mais il ne résulte de là rien de contraire à la vérité du récit. Car, comme nous l'avons vu, l'idée de la justification par la foi est déjà l'un des axiomes de l'A. T. ; comparez, outre les passages cités, Habac.2.4.
4. Les enfants présentés à Jésus. (18.15-17)
C'est ici que le récit de Luc rejoint celui de Matthieu.19.13 et de Marc.10.13, après s'en être séparé 9.51. Jésus est en Pérée. De son séjour dans cette province, Matthieu et Marc n'ont encore raconté qu'un fait, l'entretien avec les pharisiens sur le divorce, reproduit, sommairement par Luc.16.17-18.