La suite des idées est celle-ci : Le royaume, dans le sens extérieur où l'entendent les pharisiens, ne viendra pas si prochainement (v. 22) ; et quand il viendra, on n'éprouvera pas d'incertitude au sujet de son apparition (v. 23-24). Le v. 25 revient à l'idée du v. 22.
Ἡμέραι (v. 22) : des jours, de longs jours, pendant lesquels les croyants auront le temps de gémir et de soupirer après la présence visible du Maître. Comp. 5.35. Un des jours du Fils de l'homme, peut signifier : un de ces jours qui leur sont, donnés à cette heure où ils jouissent de sa présence (ainsi les anciens, Stier, Ewald), ou bien : un des jours appartenant à l'économie finale, une manifestation du ciel se rattachant déjà à la venue glorieuse de Jésus ; ainsi de Wette, Bleek, Meyer, Weiss, Hofmann, Keil, etc. Le premier sens paraît plus naturel, seulement il ne faut pas l'isoler du second. Le regret n'est qu'une autre forme du désir. Quand les apôtres ou leurs successeurs auront passé un long temps sur la terre en l'absence de leur Seigneur, qu'ils seront à bout de leur prédication et de leurs démonstrations apologétiques, et qu'autour d'eux le scepticisme, le matérialisme, le panthéisme, le déisme prendront de plus en plus le dessus, alors il se formera dans leur âme un soupir ardent après ce Seigneur qui se tait et qui se cache ; ils réclameront quelque divine manifestation, une seule (μίαν), semblable à celle des jours anciens, et prélude de la délivrance finale, pour fortifier leur cœur et soutenir l'Eglise défaillante. Mais jusqu'au bout, il s'agira de marcher par la foi : οὐκ ὅψεσθε, vous ne verrez point ; l'objet sous-entendu se comprend de lui-même (ce que vous désirez de voir). Faudra-t-il s'étonner si, dans ces circonstances, la foi du plus grand nombre vient à succomber (18.8) ?
Verset 23. Cette vive attente chez les croyants les prédisposera à la crédulité à l'égard des manifestations extraordinaires qui pourront se produire et même à l'égard des appels séduisants du mensonge. Pourquoi celui qui écrit ces lignes ne dirait-il pas ici que trois fois dans sa vie il s'est trouvé en face de personnages qui prétendaient être la suprême manifestation attendue et dont deux au- moins avaient des adhérents ? Littéralement, ce verset est en contradiction avec le v. 21. Mais le v. 21 se rapportait au royaume spirituel, dont la venue ne peut être observée ni proclamée, tandis qu'il s'agit maintenant du royaume visible, dont l'apparition sera faussement annoncée. - Toutes ces annonces seront nécessairement mensongères :
Verset 24. L'avènement du Seigneur sera universel et instantané. On ne court pas ici ou là pour voir un éclair : sa lueur éclate instantanément d'un côté de l'horizon jusqu'à l'autre ; avec τῆς, sous-entendez χώρας. Ainsi le Seigneur apparaîtra dans le même moment aux regards de tous les vivants. Ses apparitions merveilleuses, comme ressuscité, dans la chambre haute déjà fermée, sont le prélude de cet avènement suprême. Mais pour qu'il reparaisse ainsi, que faut-il ? Qu'il s'en aille et qu'il s'en aille chassé. C'est ce que rappelle le v. 25. - Cette génération ne peut désigner que les Juifs contemporains du Messie. La rupture déjà commencée entre Israël et son Messie présent se consommera, et le rejet du Messie par son peuple aura pour conséquence l'éloignement de sa personne et l'invisibilité de son règne pendant toute une époque de l'histoire ; époque qui ne finira, d'après 13.35, qu'avec la conversion d'Israël. Quelle sera la durée de cet état anormal ? Jésus l'ignore lui-même. - Mais ce qu'il sait et annonce, c'est que cette époque durant laquelle le monde ne le verra plus, aboutira à un état de choses complètement matérialiste (v. 26-30), auquel son avènement seul mettra fin.
2o Versets 26 à 30. L'état du monde avant, le retour de Christ :