La leçon reçue : et il y avait un pauvre… qui…, ferait de ce second tableau un parallèle complet du précédent et donnerait ainsi à la personne du pauvre une importance égale à celle du riche, ce qui ne serait pas exact. La leçon alex. fait avec raison du second personnage un trait appartenant au tableau de la vie du premier. C'est ce qu'a bien montré Gœbel. Le personnage de Lazare n'est décrit que dans la mesure où ce qui le concerne peut servir à faire ressortir le vice de la conduite du riche et la justice de son châtiment. - Ἐβέβλητο ne signifie pas : gisait, mais : avait été jeté, déposé là négligemment, comme pour se débarrasser de lui, en le remettant à la compassion du riche et de ceux qui fréquentaient sa maison. - Le πυλών est le portail donnant sur la vaste cour qui forme le devant d'une grande maison. - Dans aucun autre cas Jésus n'a donné un nom aux personnages qui figurent dans ses paraboles. On a supposé que, s'il le fait ici à l'égard de Lazare, c'est comme signe de sa sympathie particulière pour la classe des pauvres, ou bien parce qu'il voulait rappeler un fait réel (Tertullien, Calvin) ; on a même admis une allusion au frère de Marthe et de Marie, comme si celui-ci ne possédait pas une famille et une demeure ! La vraie explication de ce fait unique se trouve sans doute dans le sens de ce nom lui-même qui provient du nom hébreu Eléazar abrégé dans le Talmud en Léazar et qui signifie : Dieu est mon aide. Par ce nom Jésus fait de cet homme le représentant des Juifs indigents et pieux, de ces aniim de l'A. T., qui supportent leur état de misère dans le calme de la confiance en Dieu, leur unique soutien. Weizsæcker voit dans Lazare le représentant des païens méprisés des Juifs. Comment cela s'accorde-t-il avec ce nom purement Juif et son sens : « Dieu est mon aide ? »
Verset 21. Deux traits, qui sont le pendant des deux indiqués au v. 19) : la nudité du pauvre opposée à la toilette recherchée du riche ; le manque de nourriture et les miettes désirées, aux festins de l'autre. - Il m'est impossible d'envisager les mots τῶν ψιχίων, des miettes, comme une glose de copiste (voir au v. 24) ; leur omission chez, quelques alex. est bien plutôt provenue de la confusion des deux τῶν. Le ἐπιθυμῶν, désireux, ne veut pas dire qu'on l'abandonnât tout à fait ; comment eût-il vécu ? Mais il lui restait toujours quelque chose de plus à désirer. - Le trait de la nudité ressort de ce détail : les chiens léchant les ulcères de ce malheureux. Le ἀλλὰ καὶ, et bien plus, ne permet pas de voir dans ce trait un adoucissement à ses maux. D'ailleurs le chien n'est jamais présenté dans la Bible, ni en général chez les Orientaux, sous un jour favorable. Ce coup de langue dont ces animaux immondes léchaient en passant ses plaies non bandées, peint on ne peut mieux sa nudité et complète le tableau de l'abandon où il était plongé.
Verset 22. Les deux morts :