Le support divin aura un terme : c'est ce que disent avec force ces derniers versets. Les gémissements expriment le désespoir ; les grincements de dents, la rage. C'est entre ces deux sentiments qu'oscillera l'âme des Juifs condamnés. Par l'article placé devant les deux substantifs (le gémissement, le grincement), toutes les autres impressions antérieures du même genre sont, déclarées nulles en comparaison de celles-ci. Le gémissement viendra de leur propre exclusion ; le grincement de dents, de la vue du bonheur des païens accueillis et sauvés. - Le bonheur messianique est représenté au v. 28, selon une image usitée chez les Juifs (14.15), sous la figure d'un banquet présidé par les patriarches. D'après v. 29, les païens croyants y sont admis au même titre que la postérité fidèle d'Abraham. En effet, c'est la relation intérieure et personnelle avec Jésus, qui seule décide du résultat final. Le v. 30 : ἰδοὺ καί, et voici, exprime la surprise que ne peut manquer de produire l'idée d'un tel renversement. - Jésus ne dit pas que tous les premiers, tous les enfants du royaume, les Juifs, deviendront les derniers, ni non plus que tous les derniers d'autrefois, les païens, prendront la place destinée aux premiers. Il dit seulement « qu'il y en aura des premiers qui… et des derniers qui… » De cette parabole ressort, d'abord, une réponse pratique à la question posée à Jésus. Y en a-t-il peu qui soient sauvés ? « Tâchez vous-mêmes de ne pas être de ceux qui s'excluront du nombre de ces sauvés ! » Puis aussi une autre réponse plus directe : « S'il n'y en a que peu d'entre vous, Juifs, qui se sauvent, Dieu trouvera le moyen de les remplacer. Si vous, les premiers invités, vous ne voulez pas prendre la peine d'entrer, de nombreux convives n'en rempliront pas moins toutes les places préparées à la table patriarcale (14.23).
Une parole relative à la porte étroite se trouve chez Matthieu dans le sermon sur la montagne (Matt.7.14) ; mais cette porte est l'entrée d'un chemin, non d'une maison. Ce doit être une autre parole. En tout cas on doit reconnaître que celle-ci est très bien placée par Luc. - Les paroles suivantes dans Luc (v. 26 et 27) ont quelque analogie avec le passage Matth.7.21-23 ; mais là elles se rapportent, non aux Juifs, mais à des croyants infidèles. - La description du désespoir des Juifs condamnés se retrouve Matth.8.11-12, après la guérison du serviteur du centenier, où elle est certainement moins bien placée que dans notre récit. - La maxime du v. 30 se trouve deux fois dans Matthieu, avant et après la parabole des ouvriers (Matt.19.30 ; 20.16), où l'application des termes premiers et derniers est plus difficile à saisir et assurément moins simple que dans notre passage.
2. L'adieu à la théocratie. (13.31-35)
Quand le cœur est plein d'un grand sentiment, tout ce qui survient du dehors fait vibrer cette corde. Ainsi, dans ce moment où Jésus était particulièrement préoccupé de la catastrophe qui menaçait son peuple, il n'est point étonnant que ce sentiment se fit jour à chaque circonstance nouvelle. Ce fait est si naturel qu'il est faux d'en conclure à un arrangement systématique qui aurait présidé au récit de Luc.