La profession de l'Evangile peut coûter cher aux disciples, sans doute ; mais s'ils y persévèrent, elle leur assure une récompense magnifique. Jésus glorifié leur rendra, en les déclarant siens devant l'assemblée céleste, le témoignage qu'ils lui auront rendu en le proclamant ici-bas leur Seigneur, dans le temps de son humiliation. Le gnostique Héracléon faisait déjà remarquer la force de la préposition ἐν avec ὁμολογεῖν. Elle exprime le repos de la foi en celui que l'on confesse. - Le v. 9 met les disciples en garde contre le danger du reniement. Cet avertissement n'est nullement déplacé en ce moment où ils sont entourés d'ennemis furieux. Il est à remarquer que Jésus ne dit point que lui-même reniera celui de qui il aura été renié, comme il a dit qu'il confessera celui qui l'aura confessé. Le verbe est mis au passif, comme si l'acte devait s'accomplir spontanément parle seul fait qu'il y aura eu reniement ici-bas.
Verset 10. Comme dans le verset suivant Jésus revient expressément aux disciples (ὑμᾶς, vous), nous devons voir ici un avertissement à l'adresse de ces adversaires de Jésus qui l'entourent. A l'occasion du péché du reniement de la part des croyants, Jésus ajoute qu'il y a un péché plus grave et un danger plus terrible que celui-là : c'est de parler mal ou injurieusement du Saint-Esprit. Jésus fait certainement allusion par cette menace redoutable à l'accusation odieuse des pharisiens qui avait précédé le repas (11.15) et à laquelle il avait répondu dans le discours 11.17-26. Attribuer à Béelzébul les œuvres dans lesquelles brillait, la sainteté et la puissance de l'Esprit, c'était outrager sciemment et volontairement cet Etre divin duquel procèdent toute lumière et tout bien dans l'esprit de l'homme. Pour mieux faire ressortir la grandeur de ce crime de lèse-majesté par excellence, si l'on ose ainsi dire, Jésus le met en parallèle avec un outrage commis envers sa propre personne, comme Fils de l'homme. Il appelle cet outrage une simple parole (λόγον) ; c'est un mot imprudent, non un blasphème. Prononcer une parole contre Jésus, qui se présente aux regards sous un aspect si humble, si différent de celui du Messie attendu, est une faute, mais une faute qui peut ne pas provenir uniquement de mauvais vouloir. Il pouvait en effet arriver à un Juif pieux et sincère, mais encore sous l'empire des préjugés dont l'avait imbu l'éducation pharisaïque, d'envisager Jésus comme un exalté, un insensé, un violateur du sabbat, et par conséquent un imposteur. Un tel péché rappelle celui de cette femme qui apportait dévotement son tribut au bûcher de Huss, et à la vue de laquelle le martyr s'écriait : Sancta simplicitas ! C'était celui du jeune Saul au temps de son incrédulité. Jésus est prêt à pardonner dans ce monde ou dans l'autre tout affront de ce genre qui ne s'adresse qu'à sa personne. Mais l'outrage contre le bien, comme tel, et contre son vivant principe au sein de l'humanité, le Saint-Esprit, l'audace impie de mettre les œuvres de cet Esprit, sur le compte de l'esprit du mal, voilà ce qu'il appelle blasphémer le Saint-Esprit, et ce qu'il déclare être un péché impardonnable. L'histoire d'Israël a bien prouvé la vérité de cette menace. Ce peuple n'a pas péri pour avoir cloué le Fils de l'homme à la croix. Autrement le Vendredi-Saint eût été le jour de son jugement, et Dieu ne lui eût pas offert encore pendant quarante ans le pardon de ce rejet. C'est le rejet de la prédication apostolique, c'est la résistance obstinée à l'action de l'Esprit de la Pentecôte, qui a comblé la mesure du péché de Jérusalem. Et il en est des individus comme de cette nation-là. Le péché à jamais impardonnable, ce n'est pas le rejet de la vérité, par suite d'un malentendu, tel que celui de tant d'incrédules, qui confondent le christianisme avec quelque forme faussée de l'Evangile, qui n'en est que la caricature. C'est la haine de la sainteté, comme telle, haine qui conduirait par exemple à attribuer l'origine de l'Evangile à l'orgueil ou à la fraude, en un mot à l'esprit du mal. Pour cela il faut étouffer résolument dans son cœur l'impression lumineuse et sainte qu'il produit sur tout cœur droit. Ce n'est pas là pécher contre Jésus personnellement ; c'est insulter au principe divin qui vit en lui. C'est la haine du bien en soi, dans sa manifestation suprême. Toutefois, comme l'observe Hofmann, il ne s'agit pas ici d'un acte isolé, mais de l'état d'âme dans lequel se trouvera l'homme lorsqu'il comparaîtra devant Dieu. - La forme en laquelle Matthieu.12.31-32 nous a conservé cette parole diffère passablement de celle de Luc ; et celle de Marc.3.28-29 diffère à son tour de celle de Matthieu. Les évangélistes n'auraient pas apporté de leur chef des changements à une parole d'une telle gravité, s'ils en eussent eu le texte écrit sous les yeux. La tradition orale, au contraire, a pu aisément la reproduire sous des formes un peu différentes. Quant à la place attribuée à cette déclaration par les trois synoptiques, celle que lui assignent Matthieu et Marc, aussitôt après l'accusation qui l'a provoquée, paraît préférable, quoique le lien qui la rattache chez Luc à ce qui précède ne soit pas difficile à saisir, comme nous l'avons vu. C'est une relation de gradation. Il y a quelque chose de pire que de rejeter Jésus, comme Messie ; c'est d'outrager l'Esprit saint qui se manifeste dans ses œuvres. Cette parole paraît incompatible avec l'idée du salut universel.
Après cette menace terrible, Jésus revient aux disciples. Cet Esprit que blasphèment leurs adversaires, c'est lui qui sera leur soutien. C'est ici le quatrième encouragement :
Versets 11 et 12. Le secours assuré.