« Est-ce le temps, disait Elisée à l'infidèle Guéhazi, d'acheter des terres, du bétail, quand la main de Dieu est sur Israël, » c'est-à-dire : quand l'Assyrien est aux portes de Samarie ? Jésus dit de même aux siens qui l'entourent : Est-ce le temps pour le croyant de se proposer pour but la paisible jouissance des biens terrestres, au moment où la grande lutte va commencer ? Cette relation d'idées, trop émouvante pour être exprimée par une particule logique, est renfermée dans l'asyndeton entre les v. 48 et 49. Weiss rattache plus spécialement cette invitation à la fidélité dans la lutte imminente, à ce qui vient d'être dit de la tâche des serviteurs ; Schanz à peu près de même. Cette relation me paraît trop restreinte pour le coup d'œil général qui va suivre. - Jésus déclare qu'il vient jeter sur la terre un brandon de feu d'où doit sortir un incendie général. Il ne s'agit pas seulement du peuple juif, mais de l'humanité en général (la terre). Ce feu, est-ce, comme l'ont pensé plusieurs Pères et plusieurs modernes, le Saint-Esprit et la parole de Christ accompagnée de l'Esprit ? ou bien ne serait-ce, comme le pensent Weiss et d'autres, que la division qui sera décrite v. 51 et suiv. ? Je pense que la vérité est entre ces deux interprétations. Le feu est la vie nouvelle, l'amour des choses d'en-haut, que Jésus allume dans le cœur des croyants et qu'ils s'efforcent de propager, mais qui excite l'opposition des adversaires et que ceux-ci s'efforcent d'éteindre. De là résulte la division décrite dans ce qui suit. - Le sens généralement donné à la seconde partie du verset est celui-ci : « Combien je désirerais que ce feu fût déjà allumé ! » (ainsi Olshausen, de Wette, Bleek, Weiss, Keil). En soi, il paraîtrait plus conforme au sens naturel du verbe θέλω, je veux, et des mots εἰ et τί, d'entendre : « Et que veux-je (que puis-je encore désirer) si (puisque) déjà il est allumé ? » Jésus ferait allusion à la scène violente de la fin du chapitre précédent et du commencement de celui-ci. C'est le sens adopté par Meyer et moi-même précédemment. Cependant le verset 50 se lie plus aisément à cette exclamation si on l'explique dans le premier sens, d'après lequel le feu n'est point encore allumé, ainsi que Jésus le désirerait.
Verset 50. Sans doute, en appelant l'explosion de ce feu sur la terre, Jésus sait ce qui résulte de là pour lui-même. Il y a une condition sans laquelle cette crise violente et douloureuse qui doit avoir lieu ne se produirait point. Cette condition, c'est la croix ! Sans elle tous les enseignements et tous les miracles ne suffiraient point pour faire éclater la flamme. Le δέ est adversatif : « Mais pour que ce feu s'allume réellement. » Le baptême que prévoit Jésus est celui dont il parle Matth.20.22 (si du moins les termes analogues à ceux-ci sont authentiques dans ce passage). C'est celui auquel il s'est consacré en acceptant le baptême d'eau ; car en accomplissant cet acte, il acceptait d'avance toutes les conséquences de son union avec une humanité souillée et condamnée qu'il voulait sauver et purifier. Le premier, il doit périr lui-même dans ce bain de flammes dont les étincelles mettront, en feu le monde entier. - Cette pensée saisissante réagit puissamment sur lui et il exprime avec une parfaite candeur l'émotion dont elle le saisit. Le terme συνέχεσθαι, être retenu, serré, comprimé, ne signifie point, nécessairement : être pressé par l'angoisse, comme le prétend Keil ; car dans Phil.1.23, il signifie évidemment : être pressé entre deux désirs contraires, et ce sens conviendrait bien à la seconde explication du v. 49, qui a été écartée. Dans le sens qui a été adopté, c'est réellement d'un état d'angoisse qu'il s'agit. La pensée de ce supplice nécessaire est là devant ses yeux ; elle pèse incessamment, sur lui comme une sorte de cauchemar, jusqu'à ce que ce passage terrible soit franchi. Comme le dit Gess, « nous plongeons ici nos regards dans la passion avant la Passion. » Ce même sentiment se fera jour une seconde fois dans le temple (Jean.12.27) : « Maintenant mon âme est troublée, et que dirai-je… ? » Il éclatera une dernière fois dans toute sa violence à Gethsémané. Luc seul nous a conservé la première révélation de ce sentiment intime de Jésus. - Après cette parole jetée en passant, qu'arrache à Jésus l'impression produite sur lui par la pensée du v. 49, il reprend cette pensée et la développe.
Versets 51 à 53. La situation, relativement aux disciples :