Les interprètes se sont donné beaucoup de peine pour trouver une liaison entre cette partie du discours et celle qui précède. Si l'on en veut une à tout prix, celle proposée par Meyer nous parait là plus naturelle : la grande responsabilité des disciples de Jésus (verset 48) est encore accrue par les circonstances difficiles et les luttes du temps qui s'approche. (verset 49 et suivants)
- Je suis venu ; cette expression, fréquente dans saint Jean, se trouve donc aussi dans les synoptiques ; Jésus l'emploie en ayant conscience de sa préexistence.
- Qu'est-ce que ce feu qu'il est venu jeter sur la terre, où il n'existait pas avant lui, où il n'aurait jamais été allumé sans lui ? Si, pour répondre à cette question, on s'en tient rigoureusement au contexte il faudra dire avec plusieurs exégètes que ce feu n'est pas autre chose que l'agitation des esprits et les divisions dont Jésus va parler.
Dans ce cas, la parole de Jésus n'aurait pas d'autre sens que celle conservée par Matthieu : (Matthieu 10.34) "Je ne suis pas venu apporter la paix sur la terre, mais l'épée."
Mais comprendrait-on alors qu'il désirât avec tant d'ardeur de voir ce feu s'allumer, et qu'il fasse intervenir la grande et douloureuse pensée de ses souffrances et de sa mort ? (verset 50) Si l'on considère la signification profonde qu'a l'image du feu dans la symbolique de l'Ecriture, (Matthieu 3.11 ; Luc 3.16 ; Actes 2.3 ; Luc 24.32) on ne conclura pas, sans doute, avec les Pères de l'Eglise, que ce terme désigne ici directement l'effusion du SaintEsprit.
Mais pourquoi ne pas y voir la vie nouvelle de la foi, de l'amour, du zèle, dont Jésus ouvrait la source, et dont la puissance dévorante devait brûler, purifier ou consumer tout ce qui était exposé à son action ? Sans aucun doute, cette action divine provoquera des divisions et des luttes entre ceux qui en subiront l'influence et ceux qui la repousseront par incrédulité ; nous retrouvons ainsi la logique du contexte, sans lui sacrifier la signification profonde des paroles du Sauveur.
Grec : et que veux-je, si déjà... ; mais vouloir, en grec, signifie souvent désirer.
La traduction que nous donnons est celle de M. Godet (premières éditions). Dans sa troisième édition, M. Godet est revenu au sens donné à ces paroles par la plupart des interprètes : Combien je voudrais qu'il fût déjà allumé !
La liaison avec verset 50 recommanderait cette traduction. Mais si l'on considère la suite (versets 51-53) on préférera l'explication d'après laquelle ce feu divin était déjà allumé dans quelques âmes par la parole du Sauveur. Ce n'étaient là encore que de faibles commencement ; Jésus exprime l'ardent désir de voir ce feu s'étendre sur toute la terre, bien que lui-même doive en être consumé tout le premier. (verset 50)