Il ne faut pas rapporter le pronom ἐκεῖνος, ce serviteur-là, spécialement au serviteur des v. 45-46 ; ce terme désigne toute la classe des serviteurs dont celui-là faisait partie (Weiss) ; ce pronom est qualifié par les deux participes suivants accompagnés de l'article. Les nombreux domestiques qui composent la maison du maître ne reçoivent pas communication de ses intentions particulières. Ce privilège est réservé à celui d'entre eux qui a l'intendance sur tous les autres. C'est pourquoi aussi c'est celui-ci qui porte la plus grande part de responsabilité. L'application actuelle aux apôtres se comprenait d'elle-même. Sur le principe ici posé, comp. Rom.2.12. - Le verbe ἑτοιμάζειν, a ici le sens intransitif : prendre les mesures dans le but de. Avec πολλάς, sous-entendre πλήγας.
Verset 48. Sans connaître spécialement les intentions du maître, chaque serviteur d'ordre inférieur a pourtant la conscience des devoirs qui lui incombent, comme tel ; si donc il est aussi puni, ce n'est nullement pour une faute inconsciente, comme le pense Weiss. - Le principe formulé dans la seconde partie du verset est d'une application plus large que celui qui concerne les domestiques. Il se rapporte à toutes les relations sociales en général. Le ἐδόθη, a été donné, désigne, en tant que passif, soit une position, soit une connaissance reçue, tandis que le moyen παρέθεντο, on a confié, paraît se rapporter à une somme que le maître a prise sur son propre avoir. - Ce qui sera réclamé de chacun, ce ne sont pas les fruits, qui ne dépendent pas exclusivement de l'ouvrier, mais l'intensité dans la fidélité du travail. Meyer, Weiss, Keil, etc., pensent que davantage signifie : plus qu'on ne lui avait confié, comme dans la parabole des talents où le maître redemande non seulement son argent, mais encore quelque chose de plus comme gain ou intérêts. Mais dans le contexte plus signifie naturellement : plus que l'on n'exigera des autres qui ont moins reçu. - Sur le sujet sous-entendu des verbes παρέθεντο et αἰτήσουσι, voir à v. 20.
Ce passage présente au point de vue littéraire un phénomène remarquable et très instructif. Luc nous rapporte une question de Pierre : « Ce que tu dis, le dis-tu pour tous ou pour nous seulement ? » La réponse de Jésus n'est pas expressément formulée par Luc ; le Seigneur oppose simplement question à question (v. 42). Chez Marc (Marc.13.37), à la suite de la parabole du portier, qui remplace celle de Luc, v. 36-38, nous trouvons cet avertissement : « Ce que je vous dis, je le dis à tous, » qui correspond d'une manière étonnante à la question de Pierre, chez Luc, que Marc n'a point mentionnée. Enfin Matthieu.24.45, à la fin du discours eschatologique, rapporte, comme Luc, cette question : « Quel est l'économe fidèle et prudent… ? » mais sans parler de la question de Pierre qui la motive chez Luc, et sans rappeler non plus la réponse à cette question formulée par Marc. Ne voit-on pas que ce sont là comme les pièces d'un engrenage démonté, conservées isolément les unes des autres et qui se retrouvent ainsi dispersées dans nos documents ? Aussi peu ce passage s'explique par l'emploi d'un document commun, - il constituerait dans ce cas une lacération profane et ridicule, - autant il s'explique sans difficulté, comme résultat d'une tradition orale circulant dans l'Eglise.
Après s'être ainsi livré au cours naturel de l'entretien, Jésus revient au point, de départ de toute cette scène (v. 13-14) et il accentue, en vue de ses apôtres spécialement, la nécessité du renoncement aux biens d'ici-bas, en raison de la situation actuelle de l'œuvre de Dieu sur la terre. Jésus caractérise cette situation d'abord quant à sa propre personne (v. 49-50), puis quant à celle des siens (v. 50-53).
Versets 49 et 50. La situation actuelle, relativement à Jésus :