Ces deux versets présentent le tableau de l'intendant sans conscience, qui, ayant rejeté la condition de la fidélité, l'attente constante du retour du maître, se livre sans scrupule à ses dispositions égoïstes et autoritaires. Le prétexte dont il use pour nier ce retour, c'est le long temps qui s'est écoulé depuis que la promesse a été faite (2Pier.3.3-4). Frapper, manger, boire, sont naturellement des images, tout comme dans l'autre tableau la distribution régulière et consciencieuse du blé (v. 42). Jésus met en garde les chefs présents et futurs de l'Eglise contre l'abus qu'ils pourront faire de leur position supérieure en imposant, par exemple, à l'Eglise leur parole et leur volonté propres au lieu de la parole et de la volonté du Seigneur, en tyrannisant les âmes au lieu de les servir, en se montrant d'autant plus jaloux de leurs droits qu'ils rempliront plus négligemment leurs devoirs. Au lieu de : et à s'enivrer, Matthieu dit : avec ceux qui boivent, c'est-à-dire : avec des amis du dehors, des buveurs étrangers à la maison.
Verset 46, Le tableau de la punition est le pendant de celui de la récompense, v. 44. Le terme διχοτομεῖν, proprement fendre en deux, puis trancher en morceaux, mettre en pièces (Ex.29.17), désigne un supplice atroce qui était en usage chez la plupart des peuples anciens, les Egyptiens (Hérodote), les Chaldéens (Dan.2), les Grecs (Diodore), les Romains (Tite-Live et Suétone) et les Juifs eux-mêmes (2Sam.12.31 ; 1Chron.20.3) ; voir Schleussner. Il est désigné Hébr.11.37 par le terme de πρίζειν, scier. On a donné au mot διχοτομεῖν dans notre passage un sens atténué, en le rapprochant du mot latin scindere, discindere, fendre, pourfendre, qui prend parfois le sens de déchirer à coups de verge, flagellis discindere (Plaute, Martial). Si l'on admet le sens le plus strict, il faut rapporter ce qui suit au châtiment divin qui suit la mort ; ce qui nous ferait sortir de la parabole et passer à la réalité. Le second sens au contraire nous permet de rester dans l'image : après l'avoir fait déchirer de verges, le maître le fait jeter dans le cachot réservé aux esclaves infidèles. Ce sens est donc préférable. Matthieu dit : « avec les hypocrites ; » c'est-à-dire avec ceux qui, quant aux apparences, font leur devoir, mais qui en secret se livrent à leurs mauvais penchants.
Il n'était pas difficile à Pierre de tirer de ces deux tableaux la réponse à sa question. Oui, la vigilance, avec la fidélité qui en résulte, est un devoir sacré pour tous les croyants, mais au plus haut degré pour ceux d'entre eux qui sont honorés de la confiance particulière de leur Maître et chargés d'une surveillance sur leurs compagnons de service, comme ce devait être bientôt le cas pour Pierre et les apôtres. La fidélité de ceux-ci sera plus glorieusement récompensée ; mais aussi la conduite opposée chez ceux que le Maître a ainsi honorés sera estimée plus coupable et leur attirera un plus sévère châtiment.
Les v. 47 et 48 formulent le principe sur lequel repose cette différence entre le traitement des intendants et celui des simples domestiques.