Le πρὸς αὐτούς, « il leur dit, » montre que ce qui suit est adressé au peuple (la foule, v. 13). Ce petit détail confirme l'exactitude des données de Luc ; rien en effet ne suppose la foi chez ceux à qui est adressé l'avertissement suivant jusqu'au v. 21. On pourrait envisager les deux impératifs voyez et prenez garde, comme exprimant une seule notion : « Ayez les yeux bien ouverts sur cet ennemi, l'avarice ; » mais il faut plutôt traduire : « Voyez (cet homme) et prenez garde. » Jésus le donne en exemple au peuple assemblé. - Le terme grec que nous traduisons par avarice, désigne proprement, le désir d'avoir davantage, et non, comme le mot français, celui d'épargner ce que l'on a. Mais cette dernière idée est renfermée dans la première. Cette double disposition repose sur une confiance superstitieuse aux biens terrestres dont on identifie la possession avec le bonheur. Mais, pour jouir de l'argent, il y a une condition, la vie, et cette condition, l'argent ne la garantit pas. Le sens de la phrase grecque est : « Son avoir dépassât-il même de beaucoup ses besoins, il ne lui garantit pas la vie. » De là la règle donnée Hébr.13.5. Τὸ περισσεύειν : le fait de posséder un surplus sur ce dont on a besoin. Il faut probablement lire πάσης, toute avarice, au lieu de τῆς, l'avarice : toute forme du désir d'avoir. La vie désigne ici simplement l'existence terrestre. On le voit clairement par l'exemple suivant.
Verset 16. Le terme de parabole peut désigner un exemple, aussi bien qu'une image ; l'exemple est inventé comme image de la vérité abstraite. - Ce riche campagnard a beau avoir une surabondance de biens suffisante pour des années ; ce superflu (τὸ περισσεύειν, v. 15) ne lui assure pas la vie même jusqu'au lendemain. - Les biens (v. 18) ne sont pas seulement les récoltes, mais aussi les maisons, les troupeaux, etc. - L'omission des mots : et mes biens, dans le Sinaïticus, provient de la confusion des deux μοῦ. - Et je dirai à mon âme : Quand tout ce travail de reconstruction sera achevé, alors il pourra se parler ainsi à lui-même ; rien ne troublera plus la jouissance de ses biens. - L'âme (ψυχή) siège des jouissances de nature personnelle ; c'est la partie affective de l'être humain ; il parlera à cette âme comme si elle lui appartenait (mon âme) ; comp. les quatre μου, v. 17 et 18. Il va apprendre que son âme elle-même ne lui appartient pas.