Le despotisme spirituel, dont Jésus accuse en troisième lieu les scribes, résulte facilement de rattachement purement intellectualiste à la lettre du code. Ce dernier reproche correspond au troisième reproche que Jésus avait adressé aux pharisiens : l'influence pernicieuse exercée par eux sur l'esprit du peuple. Jésus représente la connaissance de Dieu et du salut (γνῶσις) sous l'image d'un sanctuaire dans lequel les scribes avaient mission d'introduire le peuple, mais dont ils ont fermé la porte et dont ils détiennent la clef. Cette clef, ce sont les Ecritures, dont les scribes s'étaient exclusivement réservé l'interprétation. Leurs enseignements pharisaïques, au lieu d'user de la loi comme d'un moyen de préparer le peuple au salut en éveillant chez lui le sentiment du péché, avaient fait de l'observation de la loi elle-même le moyen du salut. Ainsi s'était formé ce désaccord profond entre la religion populaire et la révélation du salut divin qu'apportait Jésus. La notion de Dieu et de la vraie justice, tout avait été faussé en eux et par eux dans l'esprit du peuple. Voilà pourquoi Jésus échouait dans son œuvre. - Le génitif τῆς γνώσεως, de la connaissance, n'est pas, comme plusieurs (Hofmann, Keil) le pensent d'après le parallèle de Matthieu, un génitif d'apposition : la clef qui consiste dans la connaissance (et qui introduit dans le règne de Dieu). Les scribes ne possédaient point cette connaissance et par conséquent ne pouvaient ni la garder pour eux, ni la soustraire aux autres. C'est un génitif objectif : la clef qui pouvait conduire le peuple à l'intelligence du salut apporté par Christ (Matth.16.19 ; Apoc.1.18 ; 20.1). Comp. 1.77. - Τοὺς εἰσερχομένους : ceux qui ne demandaient qu'à entrer.
Matthieu, dans le grand discours qu'il fait tenir à Jésus dans le temple (ch. 23), a réuni en une masse unique tout le contenu de ces deux apostrophes adressées aux pharisiens et aux scribes, et nettement distinguées dans Luc. Jésus a certainement prononcé, comme le raconte le premier évangéliste, un discours dans le temple, adressé aux scribes et aux pharisiens. Luc lui-même, 20.45-47, en indique le moment et en donne le sommaire. Mais, comme dans tant d'autres cas, il est manifeste que le premier évangile réunit ici en un tout beaucoup de paroles prononcées en diverses occasions. La situation toute particulière indiquée par Luc, l'interruption si frappante du scribe, la répartition pleine d'à-propos des divers reproches entre les deux classes d'adversaires, ne peuvent avoir été inventées par Luc et témoignent d'un souvenir historique réel et précis.
Versets 53 et 54. Conclusion historique :