La forme ἦν ἐκβάλλων signifie : Il était occupé à chasser. Tout le monde l'observait, se demandant s'il réussirait ; κωφύς (obtus) peut indiquer la surdité ou le mutisme ; ici, d'après ce qui suit, c'est le mutisme. Mais ce mutisme était de nature psychique, résultant d'un état de possession. Démon muet, pour : qui rendait muet. - La guérison ayant pleinement et immédiatement réussi, chacun exprime ses impressions. Du milieu de cette foule plongée dans l'étonnement s'élèvent des voix qui formaient la plus terrible accusation. Il y a complicité entre Jésus et Satan ; celui-ci, pour l'accréditer, lui a transmis son pouvoir sur ses suppôts. D'autres, plus modérés en apparence, demandent que Jésus, pour se justifier d'un pareil soupçon, accomplisse enfin un miracle qui sorte de la sphère de ces guérisons journalières, un signe provenant évidemment du ciel, le siège de la puissance divine ; alors il sera prouvé que son pouvoir est de bonne source.
Dans Matthieu, la première fois que cette accusation si grave est énoncée (Matt.9.32 et suiv.), c'est par des pharisiens et à l'occasion de la guérison d'un possédé muet, comme ici dans Luc ; la seconde fois (12.22 et suiv.), c'est à la suite de la guérison d'un possédé aveugle et muet. Dans Marc (Marc.1.22), l'accusation est formulée par des scribes venus de Jérusalem ; elle n'est rattachée à aucun fait particulier ; mais elle est mentionnée à l'occasion de l'arrivée des frères de Jésus qui viennent pour le saisir parce que le bruit s'était répandu « qu'il était fou (possédé). » Il est difficile de croire qu'une même source écrite soit à la base de trois pareils récits, ou que l'un ait servi de source aux deux autres.
Verset 15. Le τινές, quelques-uns, doit être précisé au moyen des deux autres synoptiques. C'étaient des membres de la secte des pharisiens venus de Judée. - Le ἐν, devant le mot Béelzébul, peut signifier simplement en l'autorité et par la puissance de, ou bien il peut indiquer un rapport plus intime encore : dans l'union à Satan qui l'inspire et le possède lui-même. Ce nom donné à Satan se présente dans tous les documents de Luc et dans presque tous ceux de Matthieu avec la terminaison bul ; c'est donc la vraie leçon. Mais il est probable que ce terme provient du nom hébreu Baal-Zébub, Dieu des mouches, divinité qui, d'après2Rois.1 et suiv., était adorée à Hékron, ville des Philistins, et que l'on peut comparer au Ζεῦς Ἀπόμυιος des Grecs. L'invocation de ce Dieu devait sans doute préserver la contrée du fléau des mouches. Par mépris, les Juifs appliquèrent ce nom à Satan, tout en en modifiant la dernière syllabe de manière à lui faire signifier : Dieu du fumier (Bahal-Zébul). A cette explication donnée par Lightfoot, Welstein, Bleek, etc., Meyer et Hofmann préfèrent celle qui le fait provenir de Baal-Zeboul, « maître de l'habitation ; » il faudrait entendre par cette habitation le Schéol, la demeure des morts. Ce sens est peu naturel ; l'habitation devrait être mieux déterminée ; et le verbe zabal, dans la signification de demeurer, n'est pas usité en araméen (Keil à Matth.10.25). Reuss propose l'étymologie syriaque Beël-debobo, « maître de l'inimitié, » pour dire l'Ennemi, au sens absolu du mot. Mais la terminaison du mot Béelzébul est trop différente et le sens est peu satisfaisant.
Verset 16. L'épreuve réclamée devait sans doute, dans l'intention de ceux qui la demandaient, aboutir à la démonstration de l'impuissance de Jésus. - Un signe du ciel ; tel que le feu du ciel descendant à la voix d'Elie (2Rois.1.10) ou la manne accordée par le ministère de Moïse ; Esaïe offre à Achaz (Es.7.14) un signe venant soit du ciel, soit du Schéol. On réclamait ainsi de Jésus un miracle purement démonstratif, ne répondant à aucun besoin réel. C'était au fond la troisième tentation du désert ; comparez les demandes semblables Jean.2.18 ; 6.30. Tel était le caractère qu'avait pris la notion de miracle chez les Juifs ; on en faisait une thaumaturgie.
2o Le premier discours : Versets 17 à 26. - Il se divise en deux parties : Jésus réfute cette explication blasphématoire de ses guérisons (v. 17-19) ; puis il y substitue la vraie (v. 20-26).