Contre le sens que nous avons donné à la troisième strophe, Weiss et Schanz allèguent ce v. 54, qui, disent-ils, devrait en ce cas être placé avant cette strophe. Il n'en est rien ; car le relèvement d'Israël ici annoncé est précisément le fait décisif au moyen duquel se réalisera la grande révolution humanitaire décrite dans les v. 51-53. Ainsi s'explique l'asyndeton qui indique ordinairement la réaffirmation de la pensée précédente sous une nouvelle forme plus saillante. C'est donc comme s'il y avait : « Oui, ce renversement total des rapports humains s'accomplira : Dieu s'est levé pour secourir son peuple écrasé. » Ἄντιλαμβάνεσθαι, secourir, proprement : prendre sur soi (λαμβάνεσθαι) le fardeau à la place d'autrui (ἀντί). Le terme d'Israël ne doit pas se prendre au sens spirituel, comme s'il s'agissait de l'Eglise ; d'un autre côté, il ne faut pas y faire rentrer non plus la totalité du peuple israélite. C'est du vrai Israël, d'Israël comme serviteur de Dieu (παῖς αὐτου), c'est des craignant Dieu du v. 50, que Marie parle ici. Il y a assurément dans l'Israël actuel bien des individus qui n'appartiennent point au vrai Israël ; Marie ne l'ignore pas (v. 51). Mais c'est là un accident, et il n'empêche point Dieu d'accomplir ses promesses envers son peuple. C'est dans le même sens que nous disons de l'Eglise que le Seigneur la délivrera. Sur παῖς αὐτοῦ, son serviteur, comp. Es.41.8. - Μνησθῆναι, se souvenir, est infinitif de but. Le sens est : « pour ne pas agir envers Israël comme s'il ne se souvenait pas ; pour n'être pas infidèle à lui-même. » - Le régime de ce verbe est évidemment τῷ Ἀβραὰμ, etc., envers Abraham et sa postérité. Erasme et Calvin ont fait dépendre ces derniers mots de καθὼς ἐλάλησε, « comme il en avait parlé. » Cette construction est inadmissible à cause de la forme différente des deux régimes et en raison des mots : et à sa postérité, qui ne peuvent dépendre de : il avait parlé. Cette parole de Marie rappelle Mich.7.20 : « Tu feras voir ta vérité à Jacob, et ta miséricorde à Abraham, selon que tu l'as juré à nos pères dès les temps anciens. » Elle s'explique par la parole de Jésus Jean.8.56, qui montre que les événements du règne de Dieu qui s'accomplissent ici-bas ne sont pas sans réagir sur l'état des bienheureux dans le ciel. Les deux leçons εἰς τὸν αἰῶνα et ἕως αἰωνος ont le même sens ; αἰών répond dans ces formules au olam hébreu et désigne une période d'une durée indéfinie.
Ces derniers mots présentent la naissance du Messie comme le terme de tout le développement théocratique, reliant le présent et l'avenir de la théocratie à son plus lointain passé.