La question de Marie n'est point l'expression d'un doute, comme celle de Zacharie. Dans le sentiment de sa pureté, elle demande simplement comment sera possible une pareille naissance. Jusqu'alors en effet l'histoire sainte ne présentait aucun exemple analogue. Cette question est donc l'expression légitime de l'étonnement d'une conscience sans tache. Plusieurs écrivains catholiques ont cru voir dans ces mots : « Je ne connais pas d'homme, » l'expression, non d'un fait seulement, mais d'un vœu. Marie se serait engagée ou s'engagerait en ce moment à une virginité perpétuelle (voir Schanz). Cette idée n'est nullement renfermée dans les termes dont se sert Marie, et elle est positivement exclue par sa position de fiancée.
Verset 35. Cette seconde partie du message est l'explication de la première. Le messager céleste aborde ici le plus saint des mystères. Le parallélisme poétique, signe de l'exaltation du sentiment, caractérise la parole suivante. Le langage devient un chant. L'absence d'article devant πνεῦμα ἅγιον, Esprit saint, indique qu'il s'agit ici du Saint-Esprit, moins comme personne divine que comme souffle créateur. Le sens est : une sainte force créatrice ; comp. le souffle divin planant sur le chaos, Gen.1.3, et le souffle divin venant animer le corps de l'homme, Gen.2.7. L'Esprit est implicitement opposé à l'idée de chair et l'épithète de saint à celle de chair de péché Rom.8.3, désignant la souillure héréditaire. Tout élément impur sera banni de cette naissance. - Ἐλεύσεται, viendra sur toi ; comp. Act.1.8 : « Vous recevrez la puissance du Saint-Esprit venant sur vous. » Ce terme indique l'acte initial, le moment créateur ; le terme suivant ἐπισκιάσει, t'ombragera, renferme une notion de durée. Ce même terme désigne l'ombre projetée par la nuée, dans la scène de la transfiguration, 9.34 (avec l'accusatif). Pour la construction avec le datif σοί, comp. Act.5.15. Cette image rappelle ce qui est dit de la nuée Ex.40.35 : « Moïse ne pouvait pas entrer dans le tabernacle parce que la nuée l'ombrageait » (ὅτι ἐπεσκίαζεν αὐτὴ ἡ νεφέλη). - Le terme de δύναμις, la force (du Très-Haut), ajoute à l'idée du souffle celle de son efficacité. Le διὸ καί, c'est pourquoi aussi, fait ressortir la parfaite conformité entre la cause et le résultat. Non seulement la sainteté de l'enfant résultera de la pureté parfaite de son mode d'origine, mais par ce mode d'origine il existera un lien tout particulier entre sa personne et l'être divin, lien qu'exprimera son titre de Fils de Dieu. - Hofmann trouve ici deux attributs : « sera appelé saint, Fils de Dieu. » Mais dans ce sens-là le verbe κληθήσεται ne serait pas placé entre les deux attributs, et ceux-ci seraient liés par un καί, et. D'ailleurs ἅγιον, saint, n'est pas un titre comme Fils de Dieu. Ce dernier terme est donc l'attribut et τὸ γεννώμενον ἅγιον le sujet. Dans ce sujet, le substantif ne peut être, comme le pensent plusieurs, le participe τὸ γεννώμενον, l'être né, en faisant de ἅγιον un simple adjectif. L'article τό devrait être répété devant cet adjectif. Le substantif est τὸ ἅγιον, l'être saint, déterminé par γεννώμενον, « qui est en voie de naître. » Le mot γεννᾷν, dans tout ce morceau, signifie plutôt enfanter qu'engendrer (v. 13 et 57). - La sainteté ici attribuée à l'enfant ne peut avoir qu'un caractère négatif ; c'est l'absence de toute disposition héréditaire mauvaise. La sainteté positive est un fait de volonté, de décision personnelle, non de nature.
On voit très clairement dans ce passage que le titre de Fils de Dieu, dans le langage de l'ange, n'est point synonyme de celui de Messie, comme on le dit si souvent ; qu'il ne signifie point non plus seulement « l'être bien-aimé de Dieu, » l'objet de l'élection divine, comme le pense Weiss, mais qu'il indique une relation métaphysique entre Dieu et Jésus, relation que cette parole de l'ange fait reposer sur la naissance miraculeuse de ce dernier. C'est ce qu'implique nécessairement le διὸ καί, c'est pourquoi aussi. Cette relation a un caractère mystérieux que l'ange ne trouve pas à propos de révéler plus complètement à Marie. - Quoique celle-ci ne demande pas un signe, l'ange lui en donne un ; car sa foi aura besoin d'être puissamment soutenue.