Devant cette réponse, il ne restait en effet aux Juifs qu'à adorer… ou à lapider. Le mot ἦραν, proprement : ils levèrent, indique une velléité, une menace, plutôt encore peut-être qu'un dessein bien arrêté. Comparez l'expression plus forte 10.31. Ces pierres se trouvaient probablement dans le parvis, en vue de la construction du temple, qui n'était pas encore terminée. Le mot ἐκρύβη, (il se cacha), ne renferme point, exclut plutôt l'idée d'un miracle. Jésus était entouré d'un cercle de disciples et d'amis qui facilitèrent son évasion. - Quelle que soit l'autorité des documents et des Vss. qui appuient ici le T. R. (voir la note), il est évident que les derniers mots sont une glose marginale composée au moyen des premiers mots du chapitre suivant et de Luc 4.30. Baur en défend l'authenticité et essaie de tirer de là une preuve du docétisme de l'auteur. Mais l'expression normale eût été, au point de vue docète, non ἐκρύβη, (il se cacha), mais ἀφανὴς ἐγένετο (il disparut).
C'est ici le terme de la lutte la plus violente que Jésus ait eu à soutenir en Judée. Les chapitres 7 et 8 correspondent sous ce rapport au ch. 6. La victoire générale de l'incrédulité y est décidée pour la Judée, comme elle l'a été au ch. 6 pour la Galilée. Aussi, dès maintenant, Jésus abandonne-t-il graduellement le champ de bataille à ses adversaires, jusqu'à cet autre ἐκρύβη, définitif, 12.36, qui clora son ministère public en Israël.
Nous avons vu s'évanouir, devant une exégèse calme et consciencieuse, toutes les invraisemblances que la critique a relevées en si grand nombre dans ce chapitre et dans le précédent. Les réponses et les objections des Juifs, que Reuss taxe de grotesques et d'absurdes, nous ont paru, en nous replaçant au point de vue de ceux qui les font, naturelles et logiques. L'argumentation de Jésus, qui, d'après Kenan, « jugée selon les règles de la logique aristotélicienne, est très faible. » ne paraît telle que parce qu'on oublie qu'il est des choses que Jésus, comptant sur la conscience morale de ses adversaires, croit pouvoir poser comme axiomes. Il n'y a certainement pas, dans ces deux ch. 7 et 8, un fait ou une parole aussi invraisemblable que la supposition d'après laquelle de tels entretiens auraient été inventés après coup hors de la situation historique à laquelle ils s'adaptent si parfaitement. Nul verbiage, nulle inconvenance, nulle solution de continuité. Cette reproduction des entretiens de Jésus est faite avec une telle délicatesse qu'on accorderait presque son assentiment à l'hypothèse d'un rationaliste du siècle passé, Bertholdt, qui supposait que l'évangéliste avait pris note des discours de Jésus au moment même où il les avait entendus. Deux traits nous frappent surtout dans ces chapitres :
- la forme dialoguée, si pleine d'actualité, et qui a pu se graver dans l'esprit d'un témoin plus facilement qu'un discours suivi ;
- le caractère sommaire des témoignages de Jésus. C'est toujours, pour commencer, une simple et grande affirmation sans développements : 7.37-38 ; 8.12,31-32 ; puis, à mesure qu'elle devient l'objet d'une discussion entre Jésus et ses auditeurs, sont donnés les développements.
Ces deux traits suffiraient à prouver le caractère historique du récit.
Deuxième cycle
Les conséquences du premier point de départ, la guérison de l'impotent, ch. 5, sont épuisées. Un nouveau miracle produit chez les Juifs une recrudescence de haine, et provoque une nouvelle phase du conflit. Cependant on sent que le fort de la lutte est passé. Les Judéens, ceux-là mêmes qui s'étaient montrés un moment disposés à croire, se sont heurtés, comme les Galiléens, à la spiritualité absolue des promesses de Jésus. Celui-ci commence dès maintenant à abandonner à son aveuglement une société perdue ; il travaille surtout à grouper autour de lui le petit nombre de ceux qui doivent former le noyau de la société future. Aussi le caractère incisif des entretiens précédents fait-il place à l'accent de la résignation et de la charité attristée.
- un nouveau miracle ouvre ce second cycle, ch. 9 ;
- à ce miracle se rattache un premier discours, puis le tableau de ses effets immédiats,10.1-21 ;
- un second discours, qui, quoique tenu un peu plus tard et dans un autre séjour, n'est, quant au sujet, que la continuation du premier ; enfin, une courte notice historique, 10.22-42.
Première section
- Le fait : v. 1 à 12 ;
- L'enquête : v. 13 à 34 ;
- Le résultat moral : v. 33 à 41.
I. Le fait : v. 1 à 12