Jésus, prenant pour point de départ (donc) cette objection, prononce un nouveau discours qui se rapporte, non plus à l'origine de sa doctrine, mais à celle de sa mission et de sa personne elle-même. - Le terme ἐκραξεν, il cria, exprime une forte élévation de la voix, qui est en rapport avec la solennité de la déclaration suivante. - Les mots : dans le temple, rappellent que c'était sous les yeux et aux oreilles mêmes des chefs que Jésus parlait de la sorte (comparez v. 32). - Jésus entre ici, comme au v. 16, dans la pensée de ses adversaires ; il accepte l'objection pour la transformer en une preuve en sa faveur. Il répète d'abord leur assertion. La répétition de leurs propres paroles, ainsi que les deux καί qui introduisent les deux premières propositions, donnent à cet affirmation une tournure interrogative et et légèrement ironique : « Et vous me connaissez, et vous savez… ? » Cette forme trahit l'intention de relever chez eux une fausse prétention pour la confondre ensuite. Le troisième καί, et, fait antithèse aux deux premiers et commence la réplique de Jésus. C'est, avec des nuances, le sens de la plupart des interprètes. Meyer et Weiss pensent qu'il vaut mieux voir dans les deux premières propositions une concession : « Oui, sans doute, vous connaissez jusqu'à un certain point ma personne et mon origine ; mais ce n'est là qu'un côté de la vérité ; il y en a un plus élevé que vous ne connaissez pas et que voici. » Mais il eût été bien difficile aux auditeurs de se faire à cette idée : « Vous me connaissez ; mais vous ne me connaissez pas. » Jésus repousse les prémisses mêmes de leur argumentation ; et au fait allégué par eux il en oppose un directement contraire : « Vous croyez me connaître, mais vous ne me connaissez ni quant à ma mission, ni quant à mon origine (v. 29). » Et comme ils paraissent supposer qu'il s'est donné lui-même son mandat, il ajoute : « J'ai un envoyant, et cet envoyant est le véritable envoyant, c'est-à-dire celui qui seul a la compétence de donner des missions « divines ». L'adjectif ἀληθινός n'a pas plus ici qu'ailleurs le sens d'ἀληθής, véridique, comme l'ont pensé un grand nombre d'interprètes depuis Chrysostome jusqu'à Bæumlein. Jésus ne veut pas dire que l'être qui l'envoie est moralement vrai ; il ne veut pas dire non plus qu'il est réel (voir ma 2e éd.), c'est-à-dire qu'il n'est pas imaginaire et que par conséquent la mission de Jésus n'est pas fictive et de pure prétention ; ce n'est pas non plus ce que signifie ἀληθινός. Mais le sens est : « C'est le vrai envoyant que le mien. » - Les derniers mots : que vous ne connaissez pas, sont très sévères. Comment Jésus peut-il reprocher à des Juifs de ne pas connaître Celui dont ils se font gloire d'être les seuls adorateurs ? Cette ignorance étrange est pourtant la vraie raison pour laquelle il ne peuvent discerner l'origine divine de sa mission. En même temps il leur montre par là, avec beaucoup de finesse que le critère même par lequel ils prétendent l'éconduire comme Messie, le signale précisément comme tel. En effet, le postulat posé par les Juifs eux-mêmes, au v. 27, ne se trouve par là que trop bien réalisé ! C'est un argument ad hominem, que Jésus se permet parce qu'il trouve ainsi le moyen de présenter à ce peuple la notion du Messie sous son jour le plus élevé, comme il le fait dans les versets suivants.
Verset 29. A l'ignorance de Dieu qu'il reproche aux Juifs, Jésus oppose la conscience intime qu'il a lui-même de Dieu et de sa vraie relation avec lui. Cette relation est d'abord un rapport d'essence (εἰμι, je suis, je procède de lui). En effet, cette première proposition ne peut se rapporter à la mission de Jésus qui est expressément mentionnée dans la suivante. Jésus affirme qu'il connaît Dieu, d'abord en vertu d'une communauté d'essence qui l'unit à lui. La seconde proposition ne dépend pas du mot parce que. C'est une affirmation » qui sert aussi à justifier sa prétention de connaître Dieu. L'envoyé confère intimement avec celui qui l'envoie, et par conséquent doit le connaître. Il résulte de là que Jésus est le Messie, et cela dans un sens bien plus élevé que celui que les Juifs attribuaient à cette charge.