Par ces mots : Tout ce que le Père me donne, Jésus oppose énergiquement les croyants de tous les temps à ces hommes auxquels il vient de dire : Vous ne croyez pas ! Le neutre πᾶν ὅ, tout ce que, indique une totalité déterminée à laquelle l'incrédulité humaine ne saurait faire brèche, une totalité qui apparaîtra complète au terme de l'œuvre. L'étendue de ce πᾶν, tout, dépend d'une action du Père désignée ici par le terme de donner, plus tard par ceux d'enseigner, d'attirer (v. 44 et 45). Le premier de ces trois termes, pas plus que les deux autres, ne se rapporte à un décret éternel d'élection : il y aurait plutôt dans ce cas le parfait a donné. Jésus parle d'une action divine exercée dans le cœur des croyants, au moment où ils se donnent à lui. Cette action est opposée non à la liberté humaine, mais à un attrait purement charnel, à ces grossières aspirations messianiques qui avaient ramené le matin même ces foules à Jésus (v. 26) faim et cette soif de la justice (Matthieu 5.6) que produit dans les âmes sincères l'action préparatoire du Père. Chaque fois que Jésus voit venir à lui une pareille âme, il la reçoit comme un don de Dieu, et son succès auprès d'elle est certain. Je ne pense pas qu'il faille traduire ἥξει (arrivera) comme s'il y avait ἐλεύσεται, viendra, s'acheminera : car ἥξω signifie : « je suis venu et me voilà ; » comparez 8.42 et Apocalypse 3.3 ; 15.4, où la substitution de ἔρχεσθαι, venir, à ἥκειν affaiblirait certainement la pensée. Jésus veut dire, non pas seulement que tous ceux que le Père lui donne s'achemineront vers lui, croiront, mais qu'ils parviendront au but. Il ne leur arrivera pas, comme à ses auditeurs actuels, de faire naufrage en route. La seconde partie du verset est parallèle à la première. On y voit ordinairement une gradation sur celle-ci, en faisant des premiers mots : Celui qui vient à moi, la reprise des derniers de la proposition précédente : arrivera à moi. (Voir Meyer, Weiss, etc.) Mais deux choses me paraissent exclure cette interprétation : 1o la substitution dans cette seconde phrase de ἔρχεσθαι à ἥκειν, ce qui serait un affaiblissement, puisque le premier dit moins que le second ; 2o le parallélisme des deux présents (δίδωσι, donne, et τὸν ἐρχόμενον, celui qui vient), et celui des deux futurs (ἥξει, arrivera, et οὐ μὴ ἐκβάλω, ne mettrai pas dehors). Celui qui vient à moi répond à : Tout ce que le Père me donne ; ce sont les deux côtés, divin et humain, de la préparation intérieure du salut. Arrivera à moi répond à : Je ne mettrai pas dehors ; c'est l'accomplissement du salut lui-même sous le rapport positif et négatif. Jésus paraît faire allusion par ce dernier terme : mettre dehors, à la manière sévère dont il avait reçu cette foule si empressée à venir à lui et l'avait repoussée avec une sorte de dureté (v. 26 et 38). Il ne les a ainsi reçus que parce qu'il n'a point reconnu en eux des dons du Père ; car jamais aucun cœur travaillé par des besoins spirituels et venant à lui sous cette divine impulsion ne sera repoussé par lui. Cette parole rappelle celle des synoptiques : « Venez à moi, vous tous qui êtes travaillés et chargés, et je vous soulagerai » (Matthieu 11.28). - La seconde proposition a donc au fond le même sens que la première ; mais elle la complète, d'abord en individualisant le πᾶν, tout, de la première (celui qui…), puis en substituant la forme négative, qui exclut toute exception (je ne mettrai pas dehors), à la simple affirmation (arrivera). - La certitude de cet accueil plein d'amour promis aux croyants est justifiée au v. 38 par la dépendance complète où Jésus s'est mis par rapport au Père en venant ici-bas. Ayant renoncé d'avance à toute œuvre propre, il ne peut qu'accueillir quiconque s'approche de lui marqué du sceau du Père. - Le terme κατβέβηκα, je suis descendu, renferme l'affirmation de sa préexistence. - Sur l'expression : ma volonté, voir à v. 30. Pour peu que Jésus voulût accomplir ici-bas une œuvre à lui, distincte de celle du Père, son accueil ou ses refus seraient déterminés, au moins en partie, par des sympathies ou des répugnances personnelles, et ne coïncideraient pas absolument avec la préparation due au travail de Dieu dans les âmes. Mais, comme il n'en est rien et qu'il n'a de volonté que pour s'approprier à chaque instant celle du Père, il résulte de là que quiconque lui arrive comme un recommandé du Père, est sûr d'être accueilli de lui ; comparez la même idée de dépendance volontaire dans le discours du ch. 5.