La parole écrite, qui aurait dû être le moyen de cette révélation personnelle, ils l'ont entre les mains et sur les lèvres, mais non dans le cœur. Ils ont étudié la lettre, mais ne se sont point approprié le contenu, la pensée, l'esprit Ainsi elle n'est point devenue une lumière allumée au-dedans d'eux pour les conduire, une puissance pour les dominer. Jésus donne une preuve de ce fait intime, c'est leur incrédulité envers lui, l'envoyé divin. Sans doute ce n'est pas là un argument ; car la réalité de sa mission divine était précisément le point en question. C'est un jugement que prononce Jésus, lequel, comme tout le discours, a son point d'appui dans le miracle qu'il a accompli : il va le justifier dans les v. 39 et 40.
Le v. 39 pourrait être envisagé comme une concession : Sans doute, vous étudiez avec soin les Ecritures. Il faut plutôt y voir l'indication d'un fait : « Vous scrutez les Ecritures avec tant de soin : vous en épluchez l'écorce avec la plus scrupuleuse exactitude, espérant faire jaillir de cette étude minutieuse la vie éternelle ; mais avec cela vous, repoussez obstinément celui auquel elles rendent témoignage, ce qui prouve bien qu'elles ne demeurent pas en vous ! » Nous prenons donc le verbe ἐρευνᾶτε comme indicatif : Vous sondez ; c'est ce que font Cyrille, Erasme, Bengel. Lücke, Westcott, et finalement aussi Luthardt. Un grand nombre d'interprètes et de traducteurs (Chrysostome, Augustin, Luther, Calvin, Stier, Hoffmann, Keil, Wahle, Ostervald) font de ce verbe un impératif : Sondez. Jésus les exhorterait à une étude approfondie des Ecritures. Mais, dans ce cas, il ne devrait pas dire : « parce que vous croyez avoir en elles… » mais : « parce que vous aurez en elles ; » ou du moins : « puisque vous pensez vous-mêmes avoir en elles… » Et ensuite il devrait continuer, afin de motiver l'exhortation, en disant : « Car ce sont elles… » - Le verbe ἐρευνᾶν, creuser, est très propre à caractériser l'étude rabbinique des Ecritures, la dissection de la lettre. - Ἐκεῖναι, celles-là, toujours avec le sens énergique et exclusif que ce pronom a chez Jean : « Or ce sont précisément elles… »
La copule καί, et, au v. 40. fait ressortir, comme si souvent chez Jean, la contradiction morale entre les deux choses que l'incrédulité parvient à faire marcher ensemble : étudier les Ecritures qui témoignent de Christ, et en même temps ne pas venir à Christ ! Ils cherchent la vie, et ils repoussent celui qui l'apporte ! - Les mots : Vous ne voulez pas, signalent le côté volontaire de l'incrédulité, l'antipathie morale qui en est la cause réelle. On retrouve dans ce passage l'accent douloureux de cette parole, conservée par les synoptiques : « Jérusalem, Jérusalem, combien de fois j'ai voulu… Mais vous n'avez pas voulu ! » - Ce passage montre clairement comment Jésus s'était retrouvé lui-même dans l'Ancien Testament. Il y avait tellement contemplé sa propre figure, qu'il lui paraissait impossible d'avoir étudié sincèrement ce livre et de ne pas venir à lui immédiatement.
Mais d'où provient donc ce non vouloir signalé au v. 40 et quelle en sera la conséquence ? Ce sont là deux questions auxquelles Jésus répond dans les paroles qui terminent ce discours et qui en sont comme l'application pratique.
3. La condamnation de l'incrédulité juive : versets 41 à 47
Dans les versets 41 à 44, Jésus dévoile la cause de l'antipathie morale qui les éloigne de lui ; dans les versets 43 à 47, les conséquences terribles de ce refus de croire.