Jésus avait dit au v. 22, d'une manière indéterminée, que tout jugement lui était remis. Ce mot tout jugement comprenait naturellement le jugement actuel, moral, intérieur, et le jugement final, extérieur. C'est sous ces deux aspects réunis que cette idée est reproduite au v. 27, qui forme ainsi la transition de l'œuvre de la résurrection et du jugement spirituels (v. 24-26) à celle de la résurrection et du jugement extérieurs (v. 28-29). - Jésus ajoute à l'idée du v. 22 une détermination nouvelle : c'est que la fonction de juge lui est remise en tant que fils d'homme. Le second καί, aussi, quoique omis par B et plusieurs Cod. et versions, est peut-être authentique. Il accentue le rapport entre la qualité de juge et celle de fils d'homme. Quel est ce rapport ? Il a été compris d'une foule de manières. D'après Lücke, Wahle, le sens serait : Parce qu'il est le Messie, et que juger est (selon Daniel ch. 7) une fonction messianique. Mais dans ce cas l'article devant le mot fils d'homme ne pourrait manquer. Sans l'article ce mot signifie simplement un fils d'homme. Keil le nie et pense que l'absence d'article peut s'expliquer par le fait que ce mot est ici prédicat, désignant une qualité plutôt que la personne. Il explique donc : Parce qu'il est médiateur entre Dieu et l'homme, auteur du salut et par conséquent juge ; car le jugement fait partie du salut. Mais l'absence d'article n'est point justifiée par là et l'idée de salut est arbitrairement interjetée ici. Beyschlag entend : Parce qu'il est l'homme parfait, l'homme idéal, propre à servir de mesure pour la valeur morale de tous les autres. Mais l'article ne devrait pas non plus manquer dans ce sens-là. Le terme de fils d'homme, sans article, fait simplement ressortir la qualité d'homme qu'il partage avec tous les autres. Lange : Parce que, en tant que fils d'homme, il peut compatir à notre faiblesse. Mais ce serait refuser à Dieu le sentiment de la compassion, tandis que l'Ecriture dit expressément : « Comme un père est ému de compassion…, ainsi l'Éternel est touché de compassion…, car il sait bien de quoi nous sommes faits » (Psaume 103.14). On ne peut citer Hébreux 2.18 comme parallèle ; car il s'agit là d'intercession, non de jugement. De Wette : Parce que le Père, comme étant le Dieu caché, ne peut juger. Reuss, à peu près de même : « Dans le système, Dieu par lui-même ne se met pas en contact avec le monde qu'il doit juger ; il se fait homme pour cela[1]. » Ce motif s'appliquerait au Dieu de Philon, mais non à celui de Jésus-Christ et de saint Jean : celui-ci est un Père qui est en relation directe avec le monde et l'humanité : il engendre des enfants à la vie (1.13) ; il aime le monde (3.16) ; il témoigne même par des prodiges extérieurs en faveur du Fils ; il attire à Christ les âmes, etc. Un tel Dieu pourrait aussi, s'il le voulait, juger le monde. D'ailleurs, comme l'observe Luthardt, l'opposé du Dieu caché ne serait pas le fils de l'homme, mais le Dieu révélé, la Parole, le Fils de Dieu, ou le Fils absolument parlant. Meyer et Weiss : Parce que Jésus, en tant qu'homme, est l'exécuteur et le prédicateur du salut, d'où dépend la décision du sort de chaque homme. Même raison contre cette explication que contre celle de Keil. La qualité d'homme est relevée ici pour expliquer, non la dignité de sauveur, mais celle de juge. Holtzmann : Parce qu'il peut faire éclater la révélation de la sainteté divine aux yeux des hommes par le fait de son apparition humaine. Mais Dieu peut manifester directement sa sainteté à la conscience humaine, comme on le voit bien des fois dans l'A. T. Hengstenberg : Pour le récompenser de s'être fait homme. Etrange salaire ! Dans cet embarras, la Peschitto (Syrsch), quelques Mjj. (E MΔ) et Chrysostome ont recours à un expédient désespéré ; ils rattachent ces mots : parce qu'il est fils, au verset suivant : « De ce qu'il soit fils de l'homme, ne vous en étonnez point. » Mais qu'est-ce qui dans le contexte fait supposer un étonnement sur ce point ? - La pensée de Jésus est-elle donc si difficile à saisir ? Le jugement de l'humanité est un hommage rendu à la sainteté de Dieu ; or cet hommage, pour réparer réellement l'outrage commis, doit partir de la race même qui a commis l'offense. Le jugement est sous ce rapport exactement sur la même ligne que l'expiation, à laquelle il sert de complément. L'expiation est la réparation offerte librement par l'humanité croyante ; le jugement est la satisfaction que Dieu tire de l'humanité qui lui a refusé cette réparation. A l'un comme à l'autre de ces actes, c'est un homme qui doit présider.
Notes
[1] Reuss, dans sa Théol. johannique, cite sans observation cette explication très différente : Dieu a dû lui déléguer le jugement parce que celui-ci en sa qualité d'homme n'aurait pu l'exercer lui-même. » Mais le rapport spécial entre le a donné et le parce que devrait être, dans ce cas, plus nettement marqué.