L'accent est bien sur les mots deux fois répétés ἐν ἑαυτῷ, en lui-même, qui terminent les deux propositions. Le Fils n'a pas seulement part à la vie, comme la créature. Il la possède et il en est par là la source, comme le Père lui-même ; voilà pourquoi sa voix peut donner ou rendre la vie (v. 25 : comparez 1. 3-4). Mais, d'autre part, cette prérogative divine, le Fils ne la possède que comme un don du Père. C'est ici le paradoxe le plus hardi qu'il soit possible d'énoncer. La vie par soi-même, ce qu'on appelle en théologie l'aséité, donnée au Fils ! Nous ne pourrions entrevoir la solution de cette contradiction, si nous ne voyions résolue en nous-mêmes une contradiction analogue. Nous possédons, comme donnée, la faculté de nous déterminer, c'est-à-dire de nous créer moralement nous-mêmes. Nous tirons à chaque instant de cette faculté des décisions morales qui nous appartiennent en propre, dont nous sommes sérieusement responsables devant Dieu et qui se transforment en notre caractère permanent. C'est en nous faisant don de ce privilège mystérieux de l'activité libre que Dieu nous a mis au rang des êtres faits à son image. Ce que la liberté est pour l'homme, la faculté divine de vivre par soi-même l'est pour le Fils. C'est par là seulement que la subordination du Fils au Père devient un acte de parfaite liberté et par conséquent de divin amour. Par le don de l'indépendance divine fait au Fils, le Père lui a tout donné ; par sa subordination volontaire, le Fils rend tout au Père. Tout donner, tout rendre n'est-ce pas là l'amour parfait ? Dieu est amour. C'est ainsi que non seulement Dieu aime divinement, mais qu'il est aussi divinement aimé. - L'acte exprimé par le mot ἔδωκεν, a donné, est envisagé par Tholuck, Luthardt, Weiss, etc., comme un fait rentrant dans la vie terrestre de Jésus : Jésus possède ici-bas la vie spirituelle demeurant en lui et peut la communiquer aux hommes. Mais si c'était là tout le sens de cette parole, comment l'accorder avec 6.57, où Jésus déclare que dans sa condition terrestre « il ne vit que par le Père, » tout comme nous, les croyants, nous ne vivons que par lui. Il faut donc bien reconnaître qu'il parle d'un don éternel, d'une prérogative unique appartenant à son état divin et rentrant dans son essence de Fils, La résurrection spirituelle de l'humanité par lui, voilà l'œuvre qu'il veut expliquer dans ce passage ; cette œuvre est encore à venir ; elle suppose la réintégration du Christ dans son état divin (17.1,2,5). Cette parole doit, par conséquent, s'appliquer à lui en tant qu'élevé comme homme à la position suprême dont il jouissait, comme Logos, avant l'incarnation. C'est du sein de cette gloire qu'il accomplira la résurrection décrite v. 24-25 (l'heure vient…) ; car c'est alors seulement qu'il pourra répandre l'Esprit (7.39 ; 17.2) - A la résurrection et au jugement spirituels se rattache étroitement, comme second acte divin, le jugement avec la résurrection extérieure qui en est la condition