Le Seigneur arrive ici au domaine le plus extérieur, soit quant à la résurrection (v. 28), soit quant au jugement (v. 29). Il est impossible en effet de ne pas rapporter le v. 28 à la résurrection des morts dans le sens propre :
- Il s'agit d'un événement entièrement futur ; car Jésus retranche à dessein les mots : καὶ νῦν ἐστί, et l'heure est là, du verset 25.
- Il ne dit pas seulement : les morts (comme v. 25) ; il emploie l'expression : ceux qui sont dans les tombeaux, expression qui doit naturellement se prendre au sens propre.
- Il ne dit plus : ceux qui entendront (v. 23), expression qui implique un triage en deux classes, mais : tous ceux qui sont dans les sépulcres entendront ; c'est-à-dire la totalité des morts.
- Enfin il ne parle pas, comme précédemment, d'un résultat unique : la vie ; mais bien de deux résultats opposés qu'aura cette résurrection (v. 29).
Jésus s'élève donc du suprême acte d'autorité (ἐξουσία), le jugement, au suprême acte de puissance (δύναμις), la résurrection des corps ; et voici comment il raisonne : « Ne vous étonnez pas de ce que je m'attribue le droit de juger (v. 27) ; car voici le déploiement de puissance divine qu'il me sera même donné d'accomplir un jour : tirer toute l'humanité du sépulcre. » Lücke donne une tout autre tournure à la pensée de Jésus : « Vous cesserez de vous étonner de ce que le jugement me soit donné, si vous pensez que, comme Messie, c'est moi qui opère la résurrection. » Jésus partirait, comme d'une chose connue et reconnue, de l'article de la théologie juive d'après lequel le Messie est celui qui doit ressusciter l'humanité. Mais il est encore douteux qu'au temps de Jésus l'œuvre de la résurrection fût attribuée au Messie. La théologie juive postérieure elle-même se montre très partagée sur ce point. Les uns attribuent cet acte au Dieu tout-puissant, les autres au Messie (Eisenmenger, Entd. Judenth. Th. II, p. 897-899). D'ailleurs cet appel machinal à une doctrine juive est peu conforme au caractère, toujours original, du témoignage de Jésus. Enfin le sens de Lücke suppose sa fausse interprétation du terme de fils de l'homme (v. 27). - Il y a une grande force dans les mots : entendront sa voix. « Cette voix, qui retentit à vos oreilles en ce moment, sera celle qui vous réveillera du sommeil de la mort et vous fera sortir du tombeau. Ne vous étonnez donc pas que je prétende posséder et l'autorité de juger et la puissance de ressusciter spirituellement. » Ainsi la dernière commotion du monde physique, la résurrection universelle, sera l'œuvre de cette même volonté humaine qui aura renouvelé le monde moral, celle du Fils de l'homme. « Puisque la mort est tenue par homme, dit saint Paul exactement dans le même sens, la résurrection des morts vient aussi par homme » (1 Corinthiens 15.21). Sans doute, on pouvait dire à Jésus : Tout cela, ce ne sont que des assertions de ta part. Mais il ne faut pas oublier que derrière ces affirmations il y avait un fait, ce : « Lève-toi et marche, » immédiatement suivi d'effet, qui était à la fois le texte de ce discours et son point d'appui. - Le v. 29 conclut tout ce développement par l'idée du jugement final dont la résurrection des corps est la condition. Pour être jugés, il faut que les morts reparaissent avec la plénitude de leur conscience et de leur personnalité, ce qui suppose leur réintégration dans l'existence corporelle. - Il ne faut pas traduire : « Ceux qui auront fait de bonnes, de mauvaises œuvres, » mais : « les bonnes, les mauvaises œuvres. » Dans ces deux termes est énoncé, comme dit Keil, le résultat total de la vie en bien ou en mal. Dans le premier sont renfermés la sincérité morale qui conduit à la foi (3.21), l'acte de la foi elle-même quand l'heure de l'appel est venue, enfin tous les fruits de sanctification résultant de la foi. Le second comprend la dépravation intérieure naturelle qui éloigne de la foi, l'incrédulité qui prend volontairement parti pour le péché contre la lumière (3.19-20), enfin les conséquences morales inévitables d'un pareil choix. - Sur l'emploi de ποιεῖν avec ἀγαθά et de πράττειν avec φαῦλα, voir à 3.20. - L'expression : résurrection de vie, s'explique par le terme opposé : résurrection de jugement. Celle-ci ne peut signifier que : résurrection conduisant au jugement ; celle-là, par conséquent, que : résurrection introduisant dans la plénitude de la vie, et cela sans qu'un jugement soit encore nécessaire pour décider de ce résultat favorable. Luthardt, Weiss, Wahle prennent le génitif ζωῆς, de vie, comme complément de cause ou de qualité : une résurrection qui procède de la vie (spirituelle) déjà possédée (v. 24-25) ou qui est appropriée à cette vie. Mais il y a des degrés dans le développement de la vie, et si cette résurrection, d'un côté, la suppose, elle peut, de l'autre, l'avoir aussi pour effet. - Ici encore il faut se garder de traduire, κρίσις, avec Ostervald, Arnaud, etc., par condamnation.
Reuss prétend que, dans ce passage, la résurrection spirituelle est déclarée « plus grande et plus importante que la résurrection physique » (voir au v. 20) ; et pour tâcher d'accorder cette idée avec le : Ne vous étonnez pas, du v. 28, qui implique le contraire, voici le sens qu'il donne à ces mots : « Ne vous étonnez pas que je vous parle, comme je viens de le faire, d'une résurrection morale qui doit précéder la résurrection physique. Car vous admettez vous-mêmes que le Messie doit accomplir cette dernière ; et c'est là à vos yeux la plus étonnante. » Mais ces mots à vos yeux sont une importation du commentateur, destinée à sauver son système d'après lequel il a pu écrire sur le IVe évangile cette ligne, en contradiction manifeste avec la réalité (v. 28-29) : « L'idée d'un jugement futur et universel est répudiée comme quelque chose de superflu » (II, p. 539). Scholten, sentant l'impuissance de tout expédient exégétique pour arriver au but que l'on poursuit, celui de faire disparaître de notre évangile toute trace de l'eschatologie ordinaire, déclare inauthentiques ces v. 28 et 29, qui ne manquent pourtant dans aucun document. Il raisonne ainsi : L'activité de Jésus ne s'étendant, d'après pseudo-Jean, qu'aux hommes qui sont en vie…, les v. 28 et 29 doivent être interpolés. Méthode commode : quand on ne trouve pas l'évangile tel qu'on le veut, on le fait tel ! - Hilgenfeld (Einl., p. 729) ne craint pas d'affirmer que notre passage exclut toute l'eschatologie judaïco-chrétienne, l'avènement extérieur de Jésus, une première résurrection, etc. Mais lors même que notre passage ne renferme pas tous les traits du tableau, il n'en exclut absolument aucun. Bien plus, l'avènement glorieux du Messie est impliqué dans le v. 28, et le drame eschatologique tout entier, que doit inaugurer la Parousie, est résumé v. 29, quant à son résultat final qui seul importe ici, la résurrection et le jugement, comme œuvres de Jésus.
Après cela (v. 19 à 29) le développement de l'idée du v. 17 « Mon Père agit jusqu'à cette heure, et j'agis aussi, » est complètement épuisé, et Jésus revient au point de départ