La réponse de la femme témoigne d'un certain désir de lumière. Son esprit aspire à la révélation parfaite. Voilà pourquoi nous n'avons pas eu tort d'interpréter les v. 15 et 20 dans un sens favorable à son caractère. - D'après des rapports modernes, les Samaritains attendent en effet un Messie, auquel ils donnent le nom d'Assaëf (de שוב, revenir) ; ce mot signifie, selon Gesenius : celui qui ramène, qui convertit ; selon de Sacy et Hengstenberg : celui qui revient, en ce sens que, l'attente des Samaritains étant fondée sur Deutéronome 18.18 : « Dieu vous suscitera un autre prophète tel que moi d'entre vos frères, » le Messie est selon eux un Moïse qui revient. Aujourd'hui ils le nomment el-Muhdy. Il y a un contraste remarquable entre la notion du Messie, telle qu'elle s'exprime par la bouche de cette femme, et les notions terrestres et politiques que Jésus rencontrait en Israël sur ce sujet. L'idée samaritaine était incomplète, sans doute ; le Messie était un prophète, non un roi. Mais elle ne contenait rien de faux ; et voilà pourquoi Jésus peut se l'approprier et se déclarer ici expressément le Christ, ce qu'il n'a fait en Israël qu'au dernier moment (17.3 ; Matthieu 26.64). - La traduction : ὁ λεγόμενος Χριστός, qui est appelé Christ, appartient à l'évangéliste. Il répète cette explication, déjà donnée 1.42, sans doute à cause de la complète étrangeté de ce mot Μεσσίας pour des lecteurs grecs. On a dit que, terme juif de Messie ne pouvait qu'avoir été prêté par Jean à cette femme étrangère. Mais ce nom populaire avait pu passer aisément des Juifs aux Samaritains, surtout dans la contrée de Sichem, qui était habitée par des transfuges juifs (Josèphe, Antiq. XI, 8, 6). Peut-être même l'absence de l'article devant le mot Μεσσίας, indique-t-elle que cette femme emploie ce mot comme nom propre, ainsi qu'on le fait des mots étrangers (comparez 1.42). - Le mot ἔρχεται (vient) est un écho des deux ἔρχεται des v. 21 et 23 : elle se livre à l'élan que Jésus a imprimé à son âme vers l'ère nouvelle. - Le pronom ἐκεῖνος, lui, a, comme d'ordinaire chez Jean, un sens exclusif : il sert à opposer ce révélateur à tous les autres, à celui-là même qu'elle a devant elle. La préposition dans le verbe ἀναγγελεῖ indique la parfaite clarté, et l'objet, πάντα ou ἅπαντα, le caractère complet de la révélation attendue du Messie.