Mais : en opposition à ce temps maintenant passé de la prérogative Israélite. Les mots : « Et elle est là maintenant, » ajoutés ici, servent à exciter plus vivement l'attention déjà éveillée de la femme. C'est comme si le premier souffle de l'ère nouvelle venait à passer sur cette âme. Peut-être Jésus voit-il de loin revenir ses disciples, les représentants de ce peuple des nouveaux adorateurs, qui dans quelques moments se recrutera des prémices du peuple samaritain. Il fait ressortir les deux caractères du culte futur : la spiritualité et la vérité. L'esprit désigne ici cet organe le plus élevé de l'âme humaine, par lequel elle communique avec Dieu, le sanctuaire où se célèbre le vrai culte ; Romains 1.9 : « le Dieu que je sers en mon esprit » (ἐν τῷ πνεύματί μου) ; Ephésiens 6.18 : « prier en esprit » (ἐν πνεύματι). Cet esprit dans l'homme, le πνεῦμα ἀνθρώπινον, une fois pénétré par l'Esprit divin, devient capable de réaliser la vraie adoration dont parle Jésus. Ce premier trait caractérise l'intensité du culte nouveau. - Le second, la vérité, est le corollaire du premier. Le culte rendu dans le sanctuaire intérieur de l'esprit est le seul vrai, parce que seul il est conforme à la nature de son objet : « Dieu est esprit. » L'idée de sincérité ne rend pas compte ici du mot vérité ; car une prière juive ou samaritaine peut évidemment être sincère. La vérité du culte est son caractère intérieur, en opposition à toute démonstration sans réalité spirituelle. - Lors même que ces paroles excluent tout assujettissement du culte chrétien à des entraves locales ou temporelles, il n'en est pas moins vrai qu'en vertu de sa liberté même, ce culte peut accepter spontanément des conditions de temps et de lieu. Mais, comme le dit Mme Guyon, l'adoration extérieure n'est alors « qu'un rejaillissement de l'adoration de l'Esprit » (cité par Astié). - Les deux déterminations en esprit et en vérité portent sur le mode : le caractère concret de ce culte est exprimé par ce mot : le Père. Le culte dont parle Jésus est l'entretien d'un fils avec son père. Nous savons à quelle source il avait puisé cette définition du culte spirituel et vrai. « Abba (Père), » telle était l'expression constante de son sentiment intime. - En ajoutant que le Père cherche en ce moment même de tels adorateurs, Jésus fait pressentir à cette femme qu'il est lui-même l'envoyé du Père pour former ce nouveau peuple et qu'il l'invite à en faire partie.
Le v. 24 justifie par l'essence de Dieu ce qu'il vient de dire de la nature spirituelle et vraie du culte réclamé maintenant par Dieu. Jésus ne donne point cette maxime. « Dieu est esprit » pour une révélation nouvelle. C'est comme un axiome dont il part, une prémisse admise par son interlocutrice elle-même. L'A. T. enseignait en effet la spiritualité de Dieu dans toute sa sublimité (1 Rois 8.27), et les Samaritains l'admettaient certainement aussi bien que les Juifs (voir Gesenius, de Samarit. theol., p. 12, et Lücke). Ce qui est nouveau dans cette parole, ce n'est pas la vérité affirmée, mais la conséquence que Jésus en tire relativement à la nature du culte à venir. Il en fait surgir l'intuition du peuple des enfants de Dieu réalisant sur la terre entière l'adoration constante ; comparez Malachie 1.11. C'est ainsi qu'à une femme coupable, adultère peut-être, Jésus révèle des vérités que probablement il n'avait pas encore dévoilées à ses propres disciples. - La leçon du Sinaït. ἐν πνεύματι ἀληθείας, dans l'Esprit de vérité, est tirée de 14.17 ; 15.26, etc., et provient de la fausse application du mot πνεῦμα au Saint-Esprit.